Un mois en Malaisie – Deuxième partie

Pour notre première nuit en quittant Ipoh, on se trouve déjà dans la jungle. Pas très propice au bivouac. On s’arrete donc dans un village pour demander a mettre la tente. En s’approchant, on réalise tout de suite que les habitants ne ressemblent pas du tout a des malais, ni a des chinois, ni a des indiens. Le teint plus fonce, les cheveux crépus. Ce sont des orang asli (« homme des origines » en malais), les indigènes de la péninsule. Kent Meng et Mei Ling, frère et sœur de père chinois et de mère asli nous prennent sous leurs ailes. Ils parlent couramment trois langues, sont les seuls asli dans leur école chinoise, et les seuls chinois dans leur village asli. Ils voient leur double culture comme une réelle richesse, et prennent grand plaisir a nous faire découvrir leur mode de vie. On passe une superbe soirée, a goûter diverses specialites, écouter les histoires de chasse, pêche, jungle, en allant de maison en maison pour en découvrir toujours plus.

Epluchage des potong buah, avec Mei Ling et sa maman.

Mei Ling et Kent Meng, avec Sulaiman, veritable asli, qui nous fait bien rire toute la soiree avec ses blagues et mimiques adorables. Je reve de l’embarquer avec nous !

La montee dans la jungle nous apporte pour recompense la fraicheur tant esperee. Par contre, la beaute annoncee de « Cameron Highlands » nous laisse perplexes. Des grosses carrières pourrissent le paysage, sans parler des cultures de fraises sous des immenses serres en plastique. Des hotels et restaurants dans des grands immeubles dégueulasses, ahh elle est belle la montagne…. Enfin, on finit par voir les fameuses plantations de the. Un grand parking, les gens arrivent en bus, viennent payer une fortune leur petit the qu’ils savourent devant la belle vue. Bon, on reconnait, la vue est chouette, mais quand on s’attend a rouler au milieu de ca sur des km, et que ca se resume en fait a un seul point de vue apres des  km au milieu de serres a pertes de vue, c’est plutot decevant.

On ne s’attarde donc pas plus dans ces montagnes, et on redescend direction la cote Est. 21h, je venais tout juste de m’endormir quand l’orage éclate. Grosse frayeur comme on en a rarement eu durant tout ce voyage. On est au milieu de rien du tout. Pas un seul batiment a l’horizon. Ca fait des km qu’on roule au milieu de la jungle et qu’on n’a pas vu un seul toit. On n’a jamais testé cette tente sous une grosse pluie, et on a pas trop confiance. Et effectivement, des gouttes commencent vite a entrer dans la tente, par le sommet. Des eclairs dechirent le ciel en permanence (avec notre 4 fenetres, on a l’avantage de mieux apprecier cet effroyable spectacle. Les coups de tonnerres eclatent. Pluie diluvienne. On essaye de ne pas paniquer, de se dire que ca va vite passer, que c’est jamais bien long un orage. En meme temps, on a bien vu a Ipoh que ca pouvait durer des heures. Et de fait, une heure passe, et l’orage est toujours la. On a cru le voir s’eloigner, mais en fait il nous tourne autour. La pluie avait reduit d’intensite, mais retombe en trombes. Des marres se forment tout autour. C’etait pas evident de trouver un spot de bivouac dans cette jungle, le seul endroit potable qu’on ait trouve etait bien argileux. On avait consciencieusement monte notre tente sur un terrain tres legerement sureleve. Le sol semblait plus sec qu’autour. Ca paraissait rien, mais la on prend conscicence de la difference. On est le seul petit ilot sec. A quelques centimetres de hauteur pres, on reste au sec, tandis que l’eau s’accumule autour avant de s’ecouler en contrebas. On range toutes les affaires, prêt a ranger tout dans les sacoches etanches si jamais la tente cede. Il fait nuit noire, on voit pas trop ce qu’on pourrait faire si ca lache, mais au moins mettre les affaires a l’abri. On croise les doigts pour ne pas avoir a le faire. On attend, dans une angoisse qui ne parvient pas a s’apaiser. De plus en plus de gouttes entrent, a quel moment decretera-t-on que c’est trop ? Les minutes semblent des heures. Puis minuit arrive. Les pluies semblent enfin s’appaiser. Le tonnerre se calme, les eclairs se font plus lointains. La tente a tenu. On peut enfin s’endormir. Mais on garde le reveil a 6h, car on sait que la temperature n’est pas descendue pour autant. Et qu’on retrouvera bien trop vite les fortes chaleurs.

Au petit matin, par chance il ne pleut plus. Les affaires sont restees seches, on reprend la route victorieux. Encore des km sans le moindre batiment, on était veritablement au milieu de rien, et fallait que ce soit cette nuit que l’orage eclate. En meme temps, je suis pas sure que j’aurais prefere quand on était a 1500 m d’altitude. On s’arrete au premier boui-boui, et avalons un riz-omelette, avec un petit cafe, pour nous remettre de nos emotions. Le soleil est déjà de retour.

On rejoint la cote par une petite route choisie un peu au hasard sur la carte, et qui s’avere etre notre plus beau passage en Malaisie. Un trafic quasi absent, une petite route etroite qui nous fait nous sentir plus au coeur de la jungle.

Raflesia

Calao pie

Des macaques, on en a vu en grand nombre, mais on a aussi eu la chance de voir d’autres espèces, dont un trop mignon, tout noir aux sourcils blancs !

Gloups, c’est quoi ça ??

Bouse d’éléphant ???

On alterne les bivouacs dans les palmeraies avec des bivouacs en bord de mer. Avec notre tout nouvel ordi, on inaugure un concept qui nous plait bien : le ciné-tente ! Bivouac et technologie, ca peut paraitre paradoxal. Mais quand on voyage au long court comme ca, c’est plus un break, c’est notre vie. Et voir des films, ca nous manquait. On prend grand plaisir a voir les quelques films qui nous tentaient sortis après notre départ :)

Palmeraies a perte de vue…

Un soir que l’on rejoint la mer a la recherche d’un bivouac, on tombe sur un complexe bien moche comme il en pousse en nombre sur les littoraux. Mais celui-ci est a l’abandon. Ravagé chaque été par les moussons, le lieu n’était pas rentable. C’est juste ballot de s’en rendre compte une fois que tout a été construit. Mais si le lieu nous aurait probablement dégoûtés s’il était encore en usage, l’état d’abandon lui donne une atmosphère qui nous plait. Une fois la tente montée au milieu du complexe, le seul habitant des lieux nous aperçoit, et nous invite a venir passer la nuit dans le seul bungalow rescapé. C’est gentil de sa part, mais une fois que tout est installe, on n’a pas vraiment le courage de tout plier. Mais le gardien a peur pour nous, il y a des tigres, et tout pleins d’autres bêtes féroces, il ne veut pas nous laisser dormir dehors. Il insiste, et on passe finalement une super nuit dans une petite chambre 4 étoiles ! Le matin, on assiste a la pêche !

Avec le bord de mer, on retrouve une route avec plus de trafic. Même si c’est probablement nettement plus calme que la cote ouest, ca reste franchement pas marrant de partager la route avec ces chauffards. On a beau avoir une route bien droite, une longue perspective, et pas un seul véhicule en face, personne ne va manger la ligne blanche pour nous doubler. Par contre si y a un nid de poule ou un singe écrasé, la pas de souci, ils se décalent sur la chaussée d’a coté. J’enrage, c’est un des pires pays qu’on ait traversé a ce niveau la, il se place en haut de liste avec le Kirghizstan. A une différence près, c’est qu’il y a beaucoup plus de véhicules. Toujours en tension, un œil dans le rétro, prêt a réagir pour éviter le pire, la conduite est usante. La fatigue nerveuse est bien plus insupportable que la fatigue physique. (Et malheureusement pour nous, ca ne va pas aller en s’arrangeant dans les pays qui suivent…) On finit par prendre les choses en main, et se créer un écarteur de voiture digne de ce nom. Et malgré quelques coups de klaxons de chauffeurs mécontents, on arrive a reprendre notre route plus sereinement.

Plutôt efficace !

Vu le peu de considération qu’ont les conducteurs pour les cyclos, on n’est pas vraiment etonne de voir un grands nombres d’animaux écrasés. Mais aux chats, chiens et oiseaux devenus habituels, s’ajoutent un grand nombre de serpents, de gros serpents, et de serpents gigantesques (bon, je reconnais que je préfère les voir écrabouillés ceux-la), de varans, d’écureuils, de sangliers, de singes évidemment, et d’autres betes encore, qu’on ne connait pas toujours.

Un jour, sur notre route, un petit macaque fraîchement tué.  Je suis dégoûtée, gavée par tous ces enfoirés de chauffards, et me sens le besoin de faire de la sensibilisation. Alors on s’arrête, le temps de prendre une photo. Et voila qu’un autre macaque, bien vivant celui-la, nous montre les crocs et lance des cris furieux ! Crrrr !!! crrr !!! Oups, on panique un peu. « C’est pas nous, c’est pas nous », que je lui crie, « c’est ce salopard de camion qui vient de nous doubler en nous frôlant, en roulant a 100 a l’heure. » Mais il n’a pas l’air de comprendre. On hausse le ton et hurle, comme sur les clebs, un « dégage » qu’on veut menaçant. Ça marche, il déguerpit. Alors  je lance a Matthieu « vas y, prends un gros plan » (je sais c’est stupide…). Il a tout juste le temps de me répondre  « euh, peut-être pas la… » Et revoilà le macaque qui déboule, avec les même cris terrifiants. Ni une ni deux, je suis déjà loin devant, terrorisée, quand Matthieu se fait poursuivre, et rattraper en deux deux. Faut qu’il s’arrete et hurle « dégage » pour que le macaque reprenne la fuite. Pauvre bête… Il vient de voir son compère mis ko par un pu…. de camion, sur une ligne droite en plein jour (qu’il aille pas nous faire croire qu’il l’avait pas vu… Ah ben oui, il allait trop vite… ) Ah, on se sent parfois plus proche de ces cousins, que d’un bon nombres d’hommes…. Helas, trois fois helas.

Apres nous avoir fait preuve de leurs sentiments, les macaques nous montrent leur intelligence. Toute une bande qui traverse la route. Et qui l’assiegent. Le temps de faire traverser les petits. « C’est bon, tout le monde est passé ? Non, il manque encore mon dernier. Attendez deux minutes… C’est bon, on peut y aller ! » Braves betes…

 

20 avril : 1 jour, 2 bateaux, 3 monnaies, 4 coups de tampon !

15 mois jour pour jour, 17 250 km dans les mollets, nous voila au bout du bout ! Notre transcontinentale s’achève. Wahou !

Ca fait des mois qu’on nous avertit, Singapour, c’est cher… tres cher. On l’a tellement entendu, qu’on s’etait mis en tete de l’eviter. Mais pas de bateau pour l’Indonésie depuis la pointe de la Malaisie, on ne peut donc pas y couper.  Mais on s’organise pour reduire nos depenses aux minimum. On passe donc notre derniere nuit en Malaisie, a cote du port, et on prend le bateau de bon matin, avec nos portions de riz et bouteilles d’eau pour la journee.

Un premier bateau direction Singapour, qui nous evite les enormes autoroutes pour entrer dans la megapole. En compagnie de 6 cyclistes singapouriens, aux origines malaises, chinoises et philippines.

Il y a des ferry pour l’Indonésie qui partent d’un port tout proche de celui par lequel on arrive, mais tant qu’a etre la, on se lance le challenge d’aller rejoindre le port principal a l’autre bout de la ville, histoire d’avoir un petit aperçu. Notre traversée éclair nous laisse le sentiment d’une ville propre, cosmopolite, verte et colorée. Et énorme aussi !

On arrive en fin d’apres-midi au port, on change nos ringgit en dollars, on achete nos deux tickets de bateau, et on rechange le reste en roupiah. Alors Singapour, est-ce vraiment cher ? Ben, on ne peut pas confirmer !

Cette fois ci, on quitte le continent pour de bon ! Wouhhhh !!!

10 Responses to Un mois en Malaisie – Deuxième partie

  1. Myriouf says:

    super récit, comme toujours! ravie d’avoir enfin la suite… et déjà envie de savoir le reste ;)

  2. François says:

    C’est un tapir, le c’est-quoi-ça…

    A bientôt pour la suite !

    • Myriouf says:

      ils ont dû trouver car c’est écrit dans les photos… tout ça pour dire que tu n’as peut-être pas vu qu’ils ont chargé les photos de Malaisie! A bientôt !

  3. François says:

    Ah, en effet je n’avais pas vu qu’il y avait un nouvel album !

  4. béné says:

    tellement contente de vous lire, ca faisait super longtemps.

  5. hujjo says:

    Désolé de ne poster de commentaires que maintenant, je viens de terminer un rush sur mon rapport de stage et je commence juste à vous lire.
    Mais cela fait vraiment plaisir de vous lire à nouveau ! Et surtout que le fait d’attendre, ça fait que j’ai 3 textes à lire =D
    Et une question aussi, avez-vous prévu de refaire l’histoire humaine en terme de technologie ?
    Si oui vous finirez avec des vélos électroniques avec GPS intégrés faites gaffe ;-)
    Allez ! C’est parti pour le deuxième article pour un nouveau commentaire !

    • Matthieu says:

      On a justement essayer un vélo grand-bi il y a quelques jours (très grande roue devant et petite derriere), pour reprendre l’histoire un peu plus tot ;)

  6. anne-laure says:

    Merci pour les nouvelles ! Nous on rentre juste de vacances et on demenage jeudi ! On va etre bien occupes ;) gros bisous a bientot

    • Ananas says:

      Bon courage pour le déménagement…heureusement vous avez Ethan pour vous aider ! ;)
      Bonne installation !

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