Canada, étape 5/6 : Les Maritimes

Dates : 6 au 19 août 2015
Distance : 877 km
Provinces : Nouveau-Brunswick – New Brunswick (430 km)
__________Île-du-Prince-Édouard – Prince Edward Island (157 km)
__________Nouvelle-Écosse – Nova Scotia (290 km)
Fuseau horaire : Atlantic Time (UTC – 3)

A travers les Maritimes, je progresse toujours plus a l’Est, longeant le Golfe du Saint-Laurent. Rencontre avec les Acadiens au Nouveau-Brunswick, traversée des paysages champêtres de l’île du Prince Edouard, et arrivée tout au bout du continent, a la pointe de la Nouvelle-Écosse.

 

***

Avant d’étudier plus en détail la carte du Canada, je n’imaginais pas à quel point les terres s’étendent loin à l’Est du Québec, s’avançant dans l’Atlantique. Il s’agit des Maritimes, les 3 plus petites provinces.

Québec a gauche, Nouveau-Brunswick a droite

NOUVEAU-BRUNSWICK : 6 au 11 août, 430 km

Depuis le Québec, nous entrons donc, toujours avec Scott, dans le Nouveau-Brunswick. On passe ici à l’heure de l’Atlantique, avec maintenant 4 heures d’avance sur Vancouver et l’heure du Pacifique !


Mais nous ne quittons pas pour autant la francophonie ! Le Nouveau-Brunswick est la seule province bilingue du Canada, autant concrètement qu’officiellement. Un tiers des habitants sont francophones, et nous traversons justement la partie française de la province. Bilingue jusque ses panneaux stops, il ne faudrait vexer personne !

L’unifolié est plus présent qu’au Québec, mais ce n’est pas le drapeau le plus fréquent, et le drapeau provincial non plus. Voici les couleurs qui claquent un peu partout au vent :

drapeau acadien moyen

Le drapeau acadien. Les Acadiens sont les descendants des français venus s’installer dans toute la partie orientale du Canada, à l’Est du Québec. Leur histoire, plutôt sombre, inclus un refus de signer un traité faisant d’eux des sujets de la couronne britannique, suivi par une déportation assez massive. Aujourd’hui, les acadiens sont bien plus anglicisés que les québécois, c’est à dire que beaucoup sont bilingues, ou au moins à l’aise en anglais.

Mais le français reste la langue maternelle et de tous les jours. En gros, c’est du québécois, avec un accent particulièrement fort, et avec encore bien plus de mots anglais inclus naturellement dans les phrases. Par exemple : « je vais chercher un towel » (une serviette), « actually, j’ai des nouveaux tires » (pneux), voire « I hope y mouille pas à c’soir » (j’espère qu’il va pas pleuvoir ce soir »). Ça va que j’ai deux semaines d’entrainement avec le québécois, et que je me débrouille pas trop mal en anglais, mais des fois je me dis qu’un français débarqué ici n’aurait vraiment rien compris !

J’ai aussi noté une drôle d’utilisation du vous, souvent pour poser des questions, meme si on me tutoyais juste avant. Ainsi une mère s’adressant à son enfant de 2 ans : « Samuel, voulez-vous manger ? ». Une relique d’ancien français ? Ils disent aussi souvent « bienvenue » pour dire « de rien » :
– Tiens, voilà ton café.
– Merci !
– Bienvenue.

Au départ pas très bien vu par les anglophones, le drapeau national des acadiens est aujourd’hui reconnu officiellement, et on le trouve autant devant les maisons que devant les bâtiments officiels.

Fiers de leur identité, ils connaissent souvent bien l’histoire de l’Acadie et leurs arbres généalogiques, tel cet hôte warm showers, 13ème génération depuis son aïeul français arrivé sur le continent. A l’approche du 15 août, jour des acadiens, c’est toute une effusion dans les rues !

Un peu comme en Malaisie, où les cultures malaise, chinoise et indienne cohabitent, j’ai d’abord un premier sentiment d’un vrai mélange, avant de réaliser que français et anglais vivent chacun de leur côté. On traverse des villages français, tout est écrit en français, les gens nous abordent naturellement en français, dans un supermarché ou un Tim Hortons (chaîne ultra-populaire de café, rendez-vous des cyclo-voyageurs car on peut y squatter tranquillement la wifi), tout le monde parle français.

Puis on arrive dans une ville anglaise, on nous aborde naturellement en anglais, dans le Tim Hortons, tout le monde parle anglais.

Les paysages sont sympas, c’est mignon partout sans être jamais spectaculaire.

Partout au Canada, les « maritimers » ont la réputation d’être particulièrement amicaux. C’est sur que je ne peux contredire. Il est facile de camper chez les gens, et une fois, en demandant simplement de l’eau, on repart avec une douzaine d’œufs et des fruits. Les deux garçons de cette famille sont d’ailleurs charmants : tu parles français ? tu vis où ? Waw, c’est la première fois que je vois un français ! Le père : ils viennent de Vancouver en bicycle. Han ! Il faut des années ? Et pour aller en France, tu vas prendre le train ?

Nous sommes maintenant au sud du Golfe du Saint-Laurent, et l’océan n’est jamais bien loin.

A noter, un nid de balbuzard pêcheur juste au bord de la route, et mon premier orignal !

L’été canadien est court. Les cornouillers du Canada ont maintenant remplacé leurs losanges blancs par des baies rouges.

Cornouiller du Canada

Tout à l’Est de la province, nous atteignons enfin ce gigantesque pont :

L’idée assez folle d’un pont reliant l’île du Prince Edouard au continent s’est concrétisée en 1997. Le Pont de la Confédération fait 13 km de long. Il est interdit d’y passer a vélo, mais un service de navette fait traverser les cyclistes.

ILE DU PRINCE EDOUARD : 11 au 16 août, 157 km

Je n’ai jamais entendu personne appeler cette ile par son nom complet. D’un bout a l’autre du Canada, on l’appelle simplement PEI (c’est-à-dire « pi-i-aille »). Ça y est, je retourne chez les anglais. (Pendant un temps l’île fut acadienne, et s’appelait l’île Saint Jean). Doucement vallonnée, avec ses champs et ses petits bois, ses petites routes et ses nombreux hameaux, l’île du Prince Edouard est fameuse pour son charme champêtre. Par endroit on se croirait sur l’île du nord de la Nouvelle Zélande, et on serait à peine surpris de croiser des hobbits. On traverse l’île sous la pluie (ce qui ajoute à la ressemblance).

Bonne surprise, une ancienne voie ferrée a été amenagée en piste cyclable et nous fait traverser les champs de pomme de terre en fleurs (culture principale de l’île) loin de tout trafic.

Ici, Scott est un peu chez lui. Je prends deux jours de repos, accueilli chez ses grand-parents, qui ont un petit cottage (un chalet en français canadien) au bord d’une baie sur la cote nord de l’île. Le premier soir, le ciel est spectaculaire. C’est officiellement le plus beau coucher de soleil de la traversée, avec en bonus des colibris qui butinent au premier plan.

 

C’est a Charlottetown, la petite capitale, qu’a été decidée en 1864 la création de la confédération canadienne, fondée 3 ans plus tard. Roy et Maida nous amènent en ville…

Avant de nous offrir un dîner, mon tout premier homard :)

Vraiment un bel accueil, et une bonne pause avant de repartir pour la dernière ligne droite. Scott reste ici quelques jours et descendra vers Halifax. Nous avons roulé ensemble sur 3 500 km !

– Si un jour tu veux traverser l’Amérique du Sud, tu m’appelles !
– Ça marche !

Quant à moi, je repars vers le sud de l’île prendre le ferry vers la Nouvelle-Ecosse.

NOUVELLE-ECOSSE : 16 au 19 août, 290 km

Arrivée en Nouvelle-Ecosse sur le « Confédération »

Les paysages sont ici plus sauvages. Je retrouve de la forêts, des collines et de l’eau.

Je me dirige vers Sydney, tout au bout. Avec Halifax, Sydney est un terminus classique des « traversées du Canada ».

DSCF5498
Ah non pardon, ça, c’était en Nouvelles Galles du Sud. Les panneaux se ressemblent, mais ici la végétation est plus verte (et il n’y a pas de kangourous) :

Pas beaucoup d’évènements à noter. Sauf un soir, où je rencontre une bien chouette famille. Après une très chaude journée (j’ai décidément beaucoup de chance avec la météo), je me baigne, puis je n’ai pas du tout envie de remonter transpirer sur le vélo. Je demande donc à la maison juste à côté si je peux camper là. Accueil excellent par Eryn et Andrew, bel endroit, belle rencontre, sans parler de la douche et du dîner :) Et faire briller ainsi les yeux de leurs deux petites filles Nina et Beth en racontant mon voyage vaut bien toutes les récompenses du monde. Le hasard de ces rencontres les rend vraiment mémorables.

J’arrive tôt, le 19 au matin, au port de North Sydney.

North Sydney, arrivée au bout du continent

Ce n’est qu’une fois sur le pont du « Blue Puttees », un énorme paquebot, en regardant le port en bas, que je songe avec émotion : « ça y est, j’ai traversé le Canada à vélo ! » J’ai roulé 7 224 km depuis Vancouver. Mais pour compléter la traversée et aller toujours plus près de l’Europe, il me reste encore une grande île sauvage a traverser. C’est par une très belle journée que je regarde la cote de la Nouvelle-Ecosse s’éloigner.

« Le bonheur était au complet
Pas d’avenir, pas de passé

Juste nous deux et nos secrets
Juste nous deux, à l’imparfait »

(Les Ogres de Barback)

***

Canada

Maritimes. 877 km. 06.08.2015 – 19.08.2015

4 Responses to Canada, étape 5/6 : Les Maritimes

  1. Kimberly Gallant says:

    Bonjour Matthieu!! J’espere que tu as encore de la chance en vélo et je te souhaite un bon voyage vers chez toi. C’étais un plaisir de faire votre connaissance et de vous héberger toi et Scott chez nous a Bois Joli, Grand-Barachois Nouveau-Brunswick. Kimberly

    • Matthieu says:

      Salut Kim, merci beaucoup :) on a passé une belle soirée et c’était vraiment chouette de se faire inviter spontanément comme ça, merci !!! (PS: dans le passage sur le français acadien, « je vais chercher un towel », c’était toi ;)

  2. Kimberly Gallant says:

    Jaime bien suivre ton adventure! Tu est chanceu de vivre cette expericience mais aussi vraiment courageu, debrouillard et devouer! C’est vrai q’uicitte on a notre propre language, pis on est bien fiere!! Prends toi bien garde (soin) pis enjoy toi (amuse-toi_) ;)

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