Canada, étape 4/6 : Le Saint-Laurent

Dates : 22 juillet au 6 août 2015
Distance : 1 072 km
Province : Québec
Fuseau horaire : Heure de l’Est (UTC – 4)

Une tranquille promenade québécoise en direction de l’Atlantique, le long du plus grand estuaire du monde.

 

***

J’avais hâte d’arriver au Québec !

Après avoir essayé de communiquer, avec plus ou moins de succès, dans 13 langues différentes, je suis très ému par ce premier retour en francophonie, 2 ans et demi après avoir quitté la France ! Chaque panneau est incroyable, je suis ébahis par les noms de rue, et même les publicités seraient presque attendrissantes.

Il y avait jusqu’ici des drapeaux canadiens un peu partout. Ici plus un seul : je suis au Québec. D’ailleurs si on parle des canadiens, cela signifie « les anglophones ». Une bonne surprise, au Québec, c’est La Route Verte, tout un réseau d’itinéraires cyclables qui traversent la province, en passant par de petites routes et pistes cyclables. Un beau projet !

A Montréal, je reste une journée pour explorer la métropole animée et cosmopolite, et aller voir la vue depuis la colline du Mont Royal, qui a donné son nom a la ville.

Montréal, depuis le Mont Royal

Après l’Ontario, la campagne québécoise est reposante. C’est plat, c’est plus la peine de se demander dans combien de jours sera le prochain supermarché, et surtout, il y a des petites routes et d’innombrables petits villages. Comme en plus je peux parler français, c’est de vraies vacances ! Apres plusieurs jours, je suis encore épaté par le fait qu’on m’aborde directement en français, sans imaginer que je puisse ne pas comprendre. Chaque village a son Saint.

Et son église. Pas des églises rabougries, en bois, comme dans le reste du Canada. De vraies églises de pierre, grandes et au clocher le plus souvent argenté.

Il est amusant de se pencher sur une carte du Québec, on y trouve des villages au nom tout a fait pittoresque. On croirait a un concours : Saint-André-de-Restigouche, Saint-Jean-de-Matapédia, Saint-Zéron-du-lac-Humqui, Saint-Elzéar-de-Témiscouata, et même un incroyable Saint-Louis-du-Ha! Ha!

Le long du Saint-Laurent, quelques grands ponts relient les deux rives.

Pont Jacques-Cartier, Montréal (1930)

Pont Laviolette, Trois-Rivières (1967)

Pont de Québec, Québec (1917)

Ce n’est plus les trains mais les cargos que je regarde passer, montant ou descendant lentement cette importante voie maritime.

Pour les nuits, il y a beaucoup de warm showers :) Mention spéciale pour un office du tourisme dans un village qui a un profil warm showers et invite les cyclo-voyageurs a camper sur ce beau terrain :

Juste avant d’arriver a Québec, je m’adresse au hasard a une maison, comme souvent, pour demander a camper sur leur terrain. Je me retrouve aussitôt avec un verre de vin sur une terrasse. La famille est si accueillante que je reste finalement une journée chez eux, en montant ma tente juste devant le Saint-Laurent, avec de la bonne nourriture en abondance ! Et, en plus, j’aide a « peinturer une galerie a 11 piastres de l’heure » (peindre une terrasse a 11 dollars de l’heure). Merci Suzanne !

La vue est magnifique, et il y en a une qui en profite.

Depuis Trois-Rivières, ça y est, il y a des marées, je me rapproche de l’Atlantique !

A Québec, la capitale provinciale, je reste 2 jours pour explorer la ville, réputée pour son aspect européen avec ses petites rues, ses vieux bâtiments et ses fortifications. C’est très touristique, on y entend l’accent français a tous les coins de rues.

Québec par un temps parisien

Le parlement est entouré par toute une foule de bronze plus ou moins habillée.

 

Mais l’édifice connu de la ville, c’est le Château Frontenac, un immense hôtel de la fin 19e.

Tout en haut de la colline, les fortifications militaires de la citadelle de Québec. Et à côté, les plaines d’Abraham, un grand parc qui fut le théâtre d’une fameuse bataille en 1759, à l’issu de laquelle la Nouvelle-France devint britannique, et aussi l’endroit où j’ai assisté, un soir de juillet 2007, au premier rang parmi des milliers de spectateurs, a un mémorable concert de Renaud, oui oui, le grand Renaud, suivi par les excellents Cowboys Fringants !

Mais avant de quitter Québec, je fais un petit aller-retour a la chute Montmorency, 10 km en aval sur la rive Nord.

Je suis presque autant épaté par la cascade de 80 m de haut que par l’escalier de 500 marches posé la on ne sait comment.

La deuxième moitie de cette étape québécoise va très vite. A Québec, j’ai retrouvé Scott, et on part ensemble le long de la rive sud de l’estuaire, poussés par un bon vent de dos. Cette fois, en terre francophone, c’est moi qui suis à l’aise comme un béluga dans le Saint-Laurent.

Traversier de Québec

A partir d’ici, l’eau devient petit a petit salée. Le mélange des eaux douce et salée, qui ont différentes densités, soulève les sédiments et crée une zone de turbidité en aval de Québec.

Eaux marrons du « bouchon de turbidité »

Les reliefs de la rive Nord sont de plus en plus lointain, et l’eau est vite redevenue d’un beau bleu.

Sur la rive Nord de l’estuaire, en Charlevoix, j’avais été guide-interprète dans une réserve naturelle pendant 2 mois en 2007. J’étais donc déjà un peu habitué au québécois, mais je découvre tous les jours de nouveaux mots exotiques et de nouvelles expressions délicieuses. J’aime beaucoup ce joli dialecte plein de surprises. Plus le niveau de langage est soutenu, surtout a l’écrit, plus il se rapproche au français de France. Mais le langage plus familier peut être très dur a comprendre. Voila un petit aperçu. Ici, on prend le déjeuner le matin, le dîner a midi et le souper le soir.

On y trouve de vieux mots, on conduit des chars, on cuisine dans des chaudrons et on mange avec des ustensiles. On dit allo pour dire bonjour, et bon jour pour dire au revoir (= bonne journée). On écoute les films. Les pronoms nous et vous sont toujours suivi d’un mystérieux -autre (« Vous-autre vous appelez ça du maïs, mais pour nous-autre c’est du blé d’inde »). « Tu » est une particule interrogative (« Tu veux-tu du beurre de peanut ? »). Bien sur, ils ont une expression française pour remplacer nos quelques anglicismes (comme une fin de semaine pour un weekend, un traversier pour un ferry) mais a coté utilisent beaucoup plus de mots anglais anyway, souvent conjugués a la française (« je vais checker, pas la peine de rusher, je chillais en ville »). « Tabarouette, c’est une belle ride ». Ils prononcent des lettres qui n’existent pas (en plus de-t-ça, jusqu’ici-te), et en ont abandonné d’autres (c’est correc’)Il y a des différences de genre, surtout pour les mots anglais, un jeep, une job, le wifi (prononcé a l’anglaise). La petite serviette carrée que les canadiens offrent systématiquement pour aller a la douche s’appelle une débarbouillette. On ne ferme pas les portes a clé, on les barre. (Je vais laisser la toilette débarrée pour la nuit). D’ailleurs j’utilise une barrure pour ne pas me faire voler ma bicyclette. La météo est bonne, mais les gens se plaignent de la chaleur et certains restent en bedaine (torse nu). Il y a encore beaucoup de maringouins, ça a pas d’allure ! (Quand même moins qu’en Ontario.) Mais c’qu’il est beau le Saint-Laurent, c’est écœurant ! Et bien sur, il y a beaucoup de sacrements, calice ! Enfin… on pourrait continuer pendant des heures. La plupart des gens identifient tout de suite mon accent français, mais certains sont un peu confus par cette drôle de manière de parler : vous avez un bon français ! Euh, merci :)

Les paysages deviennent plus variés. Toujours des villages réguliers et leurs églises.

Avec un peu de chance et d’organisation, on enchaîne 4 soirées chez des hotes warm showers !

Pizza esturgeon / chanterelle chez Guy !

Puis nous quittons ce cher Saint-Laurent, pour couper par le sud de la Gaspésie. Astheure, il nous reste plus qu’une couple de jours au Québec. C’est avec surprise qu’on descend une vallée sauvage aux airs de Colombie britannique, le long de la rivière Matapédia.

Lac Matapédia

Rivière Matapédia

Elle nous mène jusqu’à la frontière avec la province suivante, le Nouveau-Brunswick. Ce passage au Québec, je m’en souviendrai.

« Tu m’écris, il pleut à Montréal
Tu me dis, dis que je t’ai fait du mal
Je te lis, il neige à Paris
Le monde tourne à l’envers ces temps ci »

(Les Cowboys Fringants)

4 Responses to Canada, étape 4/6 : Le Saint-Laurent

  1. Myriouf says:

    j’adore les noms des villages =D
    et les photos en noir et blanc ;)
    et tout le reste ha!ha!

  2. JM says:

    hi, Matthieu, et tabernacle ;)… plus il voyage plus il change le migrant ! c’est donc ça le temps qui passe ?
    je reste toujours enchanté par la poursuite de ce grand tour sur terre
    superbe album : à recommander !!

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