Canada, étape 3/6 : Les Grands Lacs

Dates : 20 juin au 22 juillet 2015
Distance : 2 543 km
Province : Ontario
Fuseaux horaire : Central Time (UTC – 5),  Eastern Time (UTC – 4)

Des arbres, du granite, et de l’eau. Le long d’une infinité de petits lacs, mais aussi des Grands Lacs, voici mon cheminement d’un mois à travers l’Ontario.

 

***

Arrivée sur « le bouclier »

Dans l’après-midi du 20 juin, j’entre en Ontario, 5ème province canadienne.

Quand le soir approche, je prends au hasard un chemin qui s’écarte dans la foret. Je trouve un très bel endroit et monte ma tente, qui se confond entre des rochers arrondis.

Autour, des coussins de mousse et des tapis des bruyère. Toute la variété des lichens, des Cladonia buissonnant au sol jusqu’aux longs filaments de l’usnée pendant sur les branches. C’est aussi une gamme de fleurs de sous-bois, avec les croix blanches du Cornouiller du Canada, les délicates clochettes roses de la Linnée boréale ou l’imposant labelle foncé du Sabot de la Vierge, une très grosse orchidée. A quelques pas, des écureuils font des acrobaties jusqu’aux plus fines branches des pins. Juste après les Prairies, toute cette diversité de formes et de couleurs m’apparaît comme un pays des merveilles.

De retour en pays peuplé par l’ours, je suspends a nouveau ma nourriture en hauteur a l’écart de la tente.

Nourriture suspendue

Je suis arrivé sur le « bouclier canadien », une vaste zone géologique très homogène qui comprend tout l’Ontario, le Québec, et remonte vers le Grand Nord, faisant en fait tout le tour de la Baie de Hudson. « Sur le bouclier, ce sera des collines, des arbres et des rochers. » Trois éléments forts mystérieux pour les habitants des Prairies, qui me le décrivaient ainsi. Érodé par les glaciers, le sol y est très peu profond et le granite effleure souvent directement sur le sol. C’est une zone recouverte de taïga et d’innombrables lacs.

Dès le lendemain, j’ai retrouvé Scott, déjà croisé dans le Saskatchewan. Cet étudiant de Halifax s’est lancé dans la traversée du Canada entre deux années universitaires, et se dirige vers chez lui. Nous prenons la route ensembles, sans trop savoir si ce sera pour une après-midi, deux jours ou une semaine. Au final, nous voyageons ensembles sur toute cette étape, pendant un mois et 2 500 km, d’un bout a l’autre de l’Ontario ! Mais pour l’instant, notre objectif, c’est Thunder Bay, sur la rive du Lac Supérieur.

Dans cette région très peu peuplée, de longues distances séparent les villages peu nombreux.

La quantité d’eau est telle qu’il fut difficile de faire passer par ici une route et une voie ferrée. C’est un chapelet continu de lacs qui bordent la route.

On entend encore régulièrement le passage du Canadian Pacific, mais il est plus rare de l’apercevoir.

La transcanadienne s’appelle ici la route 17. S’orienter n’est pas trop compliqué : en entrant en Ontario, un GPS nous aurait dit : « Rester sur la route 17. Dans 1 500 km, tourner a droite« . Les accotements sont beaucoup plus étroits, quand ils existent. Mais le trafic correct et la courtoisie générale des conducteurs rendent dans l’ensemble la conduite agréable. En revanche, la météo est moins clémente. C’est une période très pluvieuse et orageuse. Le plus souvent, les averses sont courtes mais d’une incroyable intensité. Les orages sont tout aussi imprévisibles que les accotements de la route, et arrivent d’un coup comme ceux-ci disparaissent, sans prévenir. On peut rouler sous un grand ciel bleu, et en l’espace d’une demi-heure, des nuages noirs s’accumulent, tout s’assombrit, et le tonnerre gronde.

 

Juste avant l’orage

Puis les éclairs se rapprochent, un mur de pluie ou de grêle se met a tomber, et un puissant vent nous pousse dans la tempête. Il n’y a plus qu’a chanter sous la pluie et attendre que ça passe. Mais si on peut trouver un petit abri, c’est mieux. Trempés, on en rigole, tant la violence des éléments est absurde. Les véhicules roulent au pas ou s’arrêtent, tant la visibilité est réduite.

Puis le monstrueux cumulonimbus s’écarte et le soleil revient, comme si rien ne s’était passé.

L’orage s’éloigne

Plusieurs averses et de nombreux lacs plus tard, nous atteignons Thunder Bay la bien nommée, sur la rive du plus grand lac du monde.

Le lac Supérieur

Thunder Bay est une ville assez importante. Nous y prenons un jour de repos, avant d’attaquer l’étape suivante autour du lac Supérieur. D’ici a Sault-Sainte-Marie, a l’extrémité orientale du lac, il y a 700 km.

Le lac Superieur a Thunder Bay

700 km de montées et descentes. Les collines sont jamais trop grandes, mais assez raides.

Au sommet, la vue est souvent a la hauteur de l’effort fournit pour l’avoir.

Un jour, le lac est recouvert d’une épaisse couche de brume. En haut des montées, il fait chaud et soleil. Le lac a totalement disparu sous sa couverture blanche.

Mais une fois redescendu, on est soudain pris dans le brouillard et le froid !

Le Supérieur, c’est toute une mer d’eau potable. L’eau du lac, froide et incroyablement transparente, me rappelle les rives du lac Yssyk Kul au Kirghizistan.

Cette masse d’eau glaciale refroidit toute la région. Dès qu’on a atteint le lac, la température a chuté sensiblement. J’avais peur d’avoir froid en Colombie britannique, c’est finalement dans cette région que j’ai les températures les plus fraîches. On fait pas mal de camping sauvage, mais depuis le début de l’Ontario, on profite aussi souvent d’aires de repos très pratiques, avec tables, toit et toilettes ! Le problème, c’est les moustiques. Ils rendent les soirs en particuliers très pénibles. C’est une lutte sans fin. Ils poussent notre patience a ses limites. La soirée pourrait être si belle, le repas si paisible…

Mais non, on est la a se couvrir au maximum, a s’étaler du DEET, à se donner des claques… Tout en se faisant malgré tout dévorer. Ces imbéciles trouvent toujours un bout de peau. Ils peuvent même piquer a travers les vêtements. Et dire qu’il existe encore des créationnistes… seul un processus a-moral a pu amener a l’existence de ces horribles diptères. Moi, j’irais plus loin en considérant les moustiques comme la plus grande preuve de l’inexistence de Dieu. Voila tout.

Pour la cuisine, c’est très pratique d’avoir deux réchauds, et ça fait moins de travail ! On prend nos petites habitudes.

En plus du Supérieur, la route longe toujours tout plein de « petits » lacs. Petits en comparaison uniquement !

Pendant cette période, j’ai eu la chance de voir 4 ours noirs ! Le premier était juste au bord de la route, de mon coté. Je m’arrête, les jambes un peu tremblantes : il est proche ! Puis il traverse paisiblement la route devant moi et disparaît dans la végétation.

Le lendemain matin, je repense justement, tout excité, a cette rencontre, quand j’en vois deux, juste la ! Cette fois, je suis en pleine descente, aucune chance de m’arrêter. Tant pis, je passe a quelques mètres d’eux. La mère est en train de manger, et l’ourson me regarde passer :)

Le 1er juillet, c’est Canada Day. On profite un peu de la fête nationale dans un petit village. Un étalage de feuilles d’érables dans une profusion de rouge et de blanc.

Comme a ce niveau, il n’y a qu’une seule route, nous rencontrons pas mal d’autres cyclos !

Un soir, juste avant d’atteindre l’extrémité du lac, nous bivouaquons sur la plage avec Robert, qu’on avait déjà revu a Thunder Bay, et Luke, un anglais que j’avais rencontré sur la route en Nouvelle Zélande en janvier ! Belle soirée.

Puis nous atteignons Sault-Ste-Marie, le bout du lac (2ème jour de repos). C’est pour nous un grand moment, car cette ville marque la fin de la partie un peu plus difficile de la traversée (mais que j’ai adoré !), et l’arrivée dans l’Est canadien. C’est aussi environ la moitié de la traversée du Canada ! Sault signifie rapides (d’une rivière) en ancien français. Ici, on appelle simplement la ville the soo. Un long pont de plusieurs kilomètres descend vers le Michigan.

Et un canal avec une grande écluse permet aux bateaux de franchir la différence de niveau entre le Supérieur et le prochain Grand Lac, le Lac Huron.

Écluse de Sault-Sainte-Marie

Le lac Huron

Après tant de temps passe au milieu des lacs et des forets, c’est un vrai retour a la civilisation. Il y a des fermes, des maisons, des hommes. On peut quitter la route principale et prendre de jolies petites routes.

Dans le coin, il y a plusieurs communautés de Mennonites, vivant avec un haut niveau d’autarcie. On les a vu ramasser le foin avec des chevaux, avec une impressionnante rapidité. Contraste saisissant !

Et c’est ici que j’atteins les 30 000 km :)

30 000 km !

Il y a de nouveau des hôtes Warm Showers, ou simplement des maisons où on demande a planter la tente. Il commence a y avoir des bâtiments un peu anciens, comme ces maisons de brique du début 20ème :

On voyage quelques jours avec Luke. On passe sur l’île Manitoulin, la plus grande île dans un lac au monde, qui bien sur, comprend de nombreux lacs. Le plus grand d’entre eux est le lac Manitou, qui lui même a plusieurs îles…

Le lac Manitou, plus grand lac de la plus grande île située dans un lac au monde.

Depuis l’ile, on embarque sur un ferry pour traverser une partie du lac. Entourés de bleu, on en oublie qu’on est sur un lac.

Alors que Luke part vers New York, nous longeons la rive sud du lac Huron, avant de descendre vers Toronto.

Rive sud du Lac Huron

Ontario du Sud

Ça m’a perturbé la première fois qu’on m’a dis « tu vas traverser l’Ontario du Nord ? » Euh non, je sais pas, je vais rester au sud… En fait, comme la partie orientale de l’Ontario descend loin vers le Sud, on appelle l’Ouest, par contraste, l’Ontario du Nord. L’Ontario du Sud est effectivement très méridional. Sans regarder une carte, quelle ville européenne est à la même latitude que Toronto d’après vous ? (réponse après la photo). Alors que l’Ontario du Nord est la zone la plus déserte de la traversée du Canada, l’Ontario du Sud, est au contraire la zone la plus peuplée du pays. Finis les gros stocks de nourriture !

Droit vers Toronto !

Sur la rive du plus petit des Grands Lacs, le lac Ontario, Toronto est a 43 degrés de latitude Nord, comme… Toulouse ! C’est largement la plus grande ville canadienne, mais aussi une des plus grande ville de l’Amérique du Nord. Une fourmilière humaine. Quel contraste à nouveau !

Avec Meagan, la sœur de Scott qui nous a reçus, on va sur les petites îles en face de la ville, admirer la vue sur la métropole.

DSCF3726 (1)

Toronto skyline

Quittant l’agglomération après un 3ème « jour de repos », nous longeons 3 jours durant le lac Ontario, jusqu’à Kingston. C’est toujours sympa d’être a deux. En roulant on discute souvent (et c’est bien pour mon vocabulaire, les sujets sont plus variés que lors des rencontres d’une soirée), ou alors on écoute chacun sa musique ou ses podcasts. On a un peu le même rythme et la même façon de voyager. C’est le genre avec qui on peut s’arrêter 10 minutes au pied d’une éolienne, sous la pluie, car on s’était demandé quelle pouvait être la vitesse de l’extrémité des pâles, et qu’un panneau nous donne justement leur longueur et nombre de rotations par minute (réponse : 210 km/h). Et puis quand on est hébergés, ça me repose aussi d’être avec un anglophone natif qui peut suivre et mener la conversation !

Lac Ontario

A Kingston, naît le fleuve Saint Laurent qui part vers l’Atlantique.

Naissance du Saint-Laurent, Kingston

En arrivant a Ottawa, on a du mal a croire que ça y est, on en a finit avec l’Ontario. C’était un gros morceau ! La petite capitale bilingue a de beaux bâtiments, dont le parlement qu’on visite.

Mais aussi un fameux canal, site UNESCO, qui arrive depuis Kingston et qu’une échelle d’écluses encore actionnées a la main fait descendre jusqu’à la rivière des Outaouais.

En un mois de voyage, il y aurait beaucoup de choses a raconter (comme la fois ou l’on a découvert que les ratons-laveurs aimaient le quinoa, quand l’un d’eux a déchiré pendant la nuit une sacoche de Scott et a tout bouffé), mais j’ai essayé de donner un aperçu, qui j’espère vous a plu. La rivière des Outaouais, c’est la frontière avec le Québec ! Tandis que Scott reste quelques jours a Ottawa, je franchis ce joli pont. Un pont vers la francophonie :)

« On s’est perdu, c’est vrai, on s’est perdu
C’est vrai que j’aurais du

C’est vrai aussi que t’as pas su »

(La Rue Kétanou)

10 Responses to Canada, étape 3/6 : Les Grands Lacs

  1. Berger says:

    Belle synthèse très attendue, magnifiques photos, merci de nous faire découvrir le monde de la sorte !
    Et bienvenue en francophonie !

  2. anne-laure says:

    Merci pour toutes les photos ! Celles de toronto m’ont rappele des souvenirs. J’avais ete frappee par le fait que les grattes ciels cotoient des vieux batiments historiques, il y a des surprises au detour des coins de rues … et j’avais trouve qu’il y avait beaucoup de chantiers pour faire de nouveaux immeubles. Et qu’il faisait tres chaud en juillet ;)
    l’europe se rapproche !

  3. Matthieu says:

    Merci ! Il faisait chaud oui :) C’est vrai que j’ai trouvé la ville pleine de contrastes. Oui elle se rapproche vite !

  4. chrisjoram says:

    Wonderful account of the latest section. Really gorgeous flower photos!
    I think I warned you to watch out for raccoons; they can be real pests around your camp!

    Bonne continuation, et bienvenue dans la Fancophonie.

    Margo

    • Matthieu says:

      Thanks Margo!
      I love these flowers, especially the cute Linnaea (wich is named after the Swedish botanist Linnaeus, who created the binomial nomenclature!)
      I didn’t know raccoons are into healthy food ;)
      Merci, I’m really enjoying Quebec!
      Bonne continuation a Vancouver.

  5. Tom et Elo says:

    C’est toujours un plaisir de te lire! Belle photos, belles paroles, super! on ne t’oublie pas, a plus!

  6. Myriouf says:

    en retard cette fois, me voilà enfin connectée et c tjs cool comme d’hab :)

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