Canada, étape 2/6 : Les Prairies

Dates : 2 au 20 juin 2015
Distance : 1 639 km
Provinces : Alberta (410 km)
_________Saskatchewan (700 km)
_________Manitoba (529 km)
Fuseaux horaire : Mountain Time (UTC – 6), Central Time (UTC – 5)

Acte second.
Nouveau décor : la perspective d’une route filant vers l’infini à travers une immense plaine verte.
Au loin, quelques silos à grain et une rangée d’éoliennes se détachent sur le vaste ciel lumineux.

 

***

C’est donc sous une pluie continue que je franchissais le 2 juin le dernier col de la Cordillère, et entrais dans la deuxième province, l’Alberta.

Atteignant un village, je me réfugie alors dans une bibliothèque, passant quelques heures au sec et au chaud. Puis il faut bien se résigner à repartir sous la pluie, chercher un endroit ou mettre ma tente… C’est la qu’intervient Barbara, la libraire, qui m’invite à la maison ! Une très bonne rencontre et un accueil royal et généreux. Le lendemain, le ciel est dégagé et je peux même profiter de la vue sur les Rocheuses. S’il ne pleuvait pas de temps a autre, on oublierait de profiter du beau temps.

Deuxième invitation spontanée, qui m’évite un bivouac sous la pluie

Parmi les derniers reliefs, un gigantesque éboulement (qui a en partie enseveli une ville en 1903), et une cascade.

Éboulement de Frank

Puis les montagnes laissent brusquement place aux Prairies, cette immense plaine du centre de l’Amérique du Nord. Les Rocheuses forment un véritable mur, filant de part et d’autre vers le Nord et le Sud, que je laisse derrière moi. Je me dirige droit dans la plaine.

La chaîne des Rocheuses depuis les Prairies

Au Canada, les Prairies recouvrent 3 provinces, que je traverse a un bon rythme, souvent propulsé par le vent d’Ouest.

***

ALBERTA, 2 au 6 juin, 410 km

Les plaines commencent ici a environ 1 000 m d’altitude, et descendent très graduellement vers l’Est sur des centaines de kilomètres. Au départ, quelques ondulations encore. Des centaines d’éoliennes animent le paysage.

Quelques ondulations…

Très vite, tout s’aplatit. Il n’y a plus que cette immensité, cette horizontalité de toute part, et le ciel. Le ciel est une demi-sphère, que rien ne vient masquer. On lève sans cesse les yeux vers cette imposante voûte, et on se sent tout petit. C’est un spectacle continu dont on note chaque nuance. A l’approche du solstice, la course céleste du soleil est interminable. Levé avant moi, il semble le soir ralentir, comme s’il n’allait jamais atteindre cet horizon si bas, pour finalement se coucher après moi. Je suis toujours sur la route 3 du « nid de corbeau », Crowsnest Highway, dont j’ai suivi la tolalité des 1200 km.

Dans la nudité de cette plaine, on apprend a apprécier les petites choses. On se surprend a vouloir photographier chacun des silos, qui ne sont pourtant, quand on y pense, que des silos.

On observe les gigantesques machines qui irriguent ce grenier américain.

 

Et parfois, un train passe, majeure distraction.

Dans les Prairies, il existe une antilope endémique, qui fut abondante avant l’arrivée des blancs. J’ai eu la chance de rencontrer cette beauté, juste avant d’entrer dans la province suivante.

Antilope d’Amérique

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SASKATCHEWAN, 6 au 13 juin, 700 km (tout pile !)

J’ai trouvé le Saskatchewan plus joli. Le paysage est plus naturel, moins humanisé. Apres les champs irrigués de l’Alberta, c’est maintenant un pâturage sans fin qui s’étend vers un horizon lointain.

Je suis maintenant sur la route 1, l’officielle transcanadienne. Cet axe est en fait divisé en deux routes, une pour chaque sens. Chaque route a deux voies, plus un très large accotement confortable. Les canadiens sont décidément très amicaux et s’écartent systématiquement sur la voie de gauche à mon niveau (sauf si deux véhicules se doublent ce qui n’est pas si fréquent). Même si le trafic est relativement élevé, rouler sur cette route n’est donc pas désagréable. Le seul problème serait le bruit, si je n’avais pas investi dans un casque anti-bruit dont je suis très fier. Sans lecteur mp3, j’aurais peut être trouvé le temps long, mais cette monotonie se prête parfaitement a l’écoute de livres audio et de mes émissions de radio préférées. Je me régale a écouter en toute tranquillité des histoires toute la journée, et sans perdre une phrase à chaque voiture !

La plaine est souvent ponctuée de petits étangs où le ciel s’y reflète. Dans cet univers bleu ciel, la terre n’est plus visible que par une mince bande herbeuse à l’horizon. J’y découvre de nombreux oiseaux.

Dans un paysage aussi ouvert, l’élément important, toujours présent, c’est le vent. Il est dans toutes les bouches. Brise régulière ou violentes rafales, on ne l’oublie jamais. En étant à vélo, il décide de notre sort, et la possibilité qu’un vent d’Est se lève est toujours stressante. Soit on vole sans forcer, soit on lutte pour avancer. J’ai galéré quelques journées contre un vent de coté qui ralentit déjà énormément. Quand il est de dos, je dépasse les 100 km sans fatigue. Le vent d’Ouest est réputé dominant, et la plupart des cyclistes traversent le Canada dans le même sens que moi. Pour la nuit, j’arrive quand même toujours à trouver quelques arbres pour être un peu protégé du vent et avoir du bois, même si, par sécurité, je transporte parfois une poignée de brindilles avec moi.

La route est plus ou moins parallèle a la voie ferrée transcontinentale du Canadian Pacific. Les trains, transportant le plus souvent des containers, sont immenses. Ils font littéralement plusieurs kilomètres. Leurs passages et leurs puissants klaxons sont toujours des événements.

Dans ce plat pays, il n’y a même pas de cathédrales comme uniques montagnes. Mais il y a des grain elevators ,qui apportent un peu de verticalité.  Ils servaient a remplir les wagons de céréales.

Un soir, j’avais monté ma tente assez tôt car il menaçait de pleuvoir, quand deux cyclos arrivent, ayant repéré le même coin abrité du vent par quelques arbres et une barrière. Scott et Robert traversent le Canada, je les recroiserai plusieurs fois.

Quelques autres découvertes :

La petite maison dans la Prairie

Pas plus de butte qu’ailleurs a Montmartre, ni de lilas, mais… une Tour Eiffel ! Ce petit village rural du Saskatchewan est officiellement jumelé avec le Montmartre parisien.

***

MANITOBA, 13 au 20 juin, 500 km

J’arrive enfin au Manitoba, 3ème et dernière province des Prairies. Toujours ces perspectives vers l’infini. Il y a de nouveau un peu plus de champs, pommes de terres, haricots ou autres, d’une échelle démesurée.

Mais il commence déjà a y avoir un tout petit peu plus d’arbres, et je traverse même une mini-foret !

Des arbres !

Je traverse une région pétrolifère. Des centaines de puits puisent le précieux liquide. Éparpillés dans les champs, ils sont comme des marteaux battant la lente mesure de ce paisible pays.

Puits de pétrole

Dans cette région, on sent un fort héritage francophone et catholique. Il y a quelques communautés de canadiens français, et les panneaux deviennent bilingues. Il n’y a qu’a regarder une carte pour se rendre compte de l’importance de l’immigration française. On y trouve des dizaines de villages aux douces sonorités : Iles des Chênes, Saint Adolphe, Saint Laurent, Saint Claude ou Sainte Agathe, Saint-Pierre-Jolys, Saint Malo à coté de La Rochelle, La Salle, Pointe du Bois, Lac du Bonnet ou encore Notre-Dame-de-Lourde. Il y a aussi un village nommé Gimli, où ils doivent tous être fans du Seigneur des Anneaux. Rien a voir, mais ça m’a fait rire.

Rythmant cet article comme mes journées, il y a ici encore le passage distrayant des trains.

Distrayant aussi, partout dans les Prairies, il y a ce petit oiseau noir, le Carouge a épaulettes. J’en vois des dizaines et des dizaines tous les jours.

Carouge à épaulettes

J’aime bien ces vieilles fermes a l’architecture typique :

Une autre trouvaille :

« Society, I hope you’re not lonely, without meeee-ee »

A part quelques orages violents mais brefs, j’ai eu du beau temps tous les jours. Dans cette contrée sans ombre, j’ai retrouvé nettement le bronzage qui a valu a mes pieds d’être photographiés de nombreuses fois au cours du voyage. Un soir, j’ai justement évité un puissant et inattendu orage grâce a une 3ème invitation spontanée et généreuse ! Sinon, j’ai été hébergé par 7 hôtes Warm Showers dans les Prairies. Avec une maison tous les quelques jours, c’était un rythme parfait pour avoir du confort et profiter vraiment des rencontres, mais en ayant aussi du temps pour moi quand je bivouaque.

Chez des hôtes

A Winnipeg, je prends un jour de repos (le premier depuis 3 semaines !). C’est la capitale du Manitoba et une des grandes villes du Canada.

Puis juste après, a la toute fin des Prairies, un panneau annonce le centre longitudinal du Canada. Mais en nombre de kilomètres de route, je n’en suis qu’a peine au tiers de ma traversée ! D’ailleurs, comme les prix montaient, j’ai du réserver mon billet d’avion. Pas facile de prévoir une date d’arrivée plusieurs milliers de kilomètres en avance ! Je survolerai l’Atlantique depuis l’extrême orient canadien jusque à Dublin le 6 septembre. Vais-je être assez rapide mais pas trop ? Voila l’intrigue.

Pour finir cette étape comme elle a débuté, c’est finalement sous la pluie que termine la traversée des Prairies. Je m’étais tellement préparé a ce que ce soit long, qu’au final, c’est passé très vite !

« Il pleut des silences
Les bruits de ton absence »

(Têtes Raides)

12 Responses to Canada, étape 2/6 : Les Prairies

  1. Myriouf says:

    v’là un 1/6 qui en impose sur la carte ! toujours sympa à lire en tout cas :) j’en oublie parfois que c’est le Canada ça me fait penser aux USA (que je connais pas plus que ça pourtant)

  2. Ananas says:

    Merci pour tous ces trains !!! ;)
    Et le reste bien sûr ! Rigolo l’écriteau « Paris France 6880 km » !!! Tu te rapproches, tu te rapproches…
    Jolis les carouges et l’antilope d’Amérique !
    Bonne suite !

  3. Anne-Laure says:

    Merci pour ces nouvelles ! Du coup tu as ta date de retour maintenant … Ca va arriver vite finalement ! Ce sera quoi le point de chute final ? une photo à Lyon pour boucler avec le départ ?

  4. Florent says:

    Salut! C’etait super de te croiser sur la route et c’est tout aussi super de parcourir ton blog! Bonne continuation! Je ne te souhaite pas « bon vent » ou alors seulement quand tu seras tres loin ;-)

  5. Brigitte Chinaud Gauvain says:

    Toujours un plaisir de parcourir ton blog et de découvrir tous ces paysages si différents : jusqu’à la Tour Eiffel qui te rapproche de ton pays ! Le challenge qui te reste pour attraper ton avion est maintenant tout proche. Bon pédalage et profites bien encore de toutes ces rencontres.

  6. Ping: Quand l’aventure touche à sa fin | A vélo vers l'Orient

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