Visages jaunes et sourires rouges

La Birmanie, destination en vogue. Depuis 1962, elle a connu une des dictatures les plus fermées et autoritaires. Mais aujourd’hui le pays s’ouvre. Depuis 2011 il y a de nouveau officiellement un gouvernement civil, les embargos internationaux se relâchent, accès internet et ATM se répandent. Apres tant d’années avec une influence extérieure limitée, on redécouvre un pays aux traditions encore bien vivantes, un peuple accueillant, un riche patrimoine.

Aung San Suu Kyi, figure célèbre de l’opposition birmane

Les frontières terrestres ont été fermées aux étrangers pendant longtemps, et a notre départ en voyage l’ouverture ne semblait pas être pour tout de suite. On ne s’imaginait donc pas pouvoir visiter ce pays (que l’on avait un peu découvert par le superbe album Chroniques birmanes de Guy Delisles, pour donner un bon conseil lecture en passant !). Mais on gardait un œil sur la situation, et en vérifiant les infos actuelles sur les visas pour l’Asie du sud-est, en Chine, je découvre que cette fois, 4 postes frontières avec la Thaïlande auraient ouvert en août ! Justement, le visa birman semble facile a obtenir a Nanning. Apres l’ambassade du Viet Nam, on s’y rend donc, sceptique quand même mais a tout hasard. On est très bien accueilli, ils n’ont besoin que d’une photo d’identité et nous font le visa en un jour ! Et le consul nous confirme que désormais on peut entrer et sortir par n’importe lequel des ces 4 postes !

En plus de ça, notre itinéraire nous fait traverser la région la plus méridionale, le Tanintharyi, alors que les sites touristiques se trouvent plutôt au Nord. Pour toutes ces raisons, ce n’était pas évident de trouver des informations. On s’est donc lancé dans l’aventure sans grandes ambitions, juste avec la folle envie d’avoir du pays un petit aperçu. Et on n’a pas été déçu !

Jusqu’à Dawei en bus

Depuis la plaine thaïlandaise, on s’approche de la chaîne Tenasserim, ces montagnes qui descendent le long de la péninsule malaise. Premiers reliefs. Apres tant de plat, on passe un premier col a… 50 m d’altitude ! Il faut bien se chauffer !

Myanmar : 14 km !

Oui, depuis 1989 la Birmanie s’appelle officiellement Myanmar. En fait, on dit « myanma ». En transcription anglaise ils ont mis un r pour allonger le a, et nous on l’a bêtement gardé. On passe notre dernière nuit avant la frontière au temple de Phu Nam Ron, avant de découvrir de bon matin qu’on n’a dormi qu’a 500 m du poste thaï ! Le 21 février, on quitte la Thaïlande et on franchit les 5 km de montée vers le poste birman. Sur la fin, on quitte la jolie route pour passer sur une piste sableuse a 10 % qui nous souhaite la bienvenue dans le pays.

Sur les 4 postes qui ont ouvert, celui de Phu Nam Ron (Thaïlande) / Htee Khee (Birmanie) est le plus paumé, on a eu du mal a avoir des infos. Même le consul, a l’ambassade, ne savait pas ou c’était ! Il y a encore très peu de retours sur internet, certains ont demandé a l’ambassade de Bangkok qui leur a parlé de permis pour les vélos… Mais on est décidé a tenter le coup, de toute façon. Avec ce genre d’administrations, si tu poses une question pour laquelle rien n’est prévu, tu poses tout de suite un problème, mieux vaut se pointer et voir directement sur place…

Sur la petite piste, on s’approche du poste birman. On arrive a échanger des bahts contre une grosse liasse de kyats sans problème. Attention, on roule de nouveau a droite ! (le sens de circulation a change dans les années 70 pour « raison » astrologique, le problème, c’est que tous les véhicules ont le volant a droite…). On repère le bâtiment de l’immigration, au-dessus duquel flotte le nouveau drapeau birman jaune – vert – rouge (comme partout, il a été hissé en 2010 par une personne née un mardi…). Dans le bureau, ils sont plutôt souriants. Le douanier cherche le visa pendant 2 minutes, alors on l’aide en ouvrant les passeports a la bonne page. Eh oui, c’est qu’ils sont déjà presque pleins ! Ils tamponnent sans problème, mais par contre, ils ne veulent pas qu’on fasse la route a vélo, on doit trouver un moyen de transport jusqu’à Dawei. Bon, c’est pas trop grave, tant qu’on peut rentrer. D’ailleurs, on avait un peu peur de ce coin a cause des mines car il y en a près de la frontière thaïlandaise. (D’après des statistiques qui datent de 2010, la Birmanie est le troisième pays en nombre de victimes, derrière l’Afghanistan et la Colombie et juste devant le Cambodge.) On essaye un peu le stop, mais les quelques pick-ups qui passent travaillent sur la route en construction et ne vont qu’a quelques km. On demande a un minibus qui attend la. On nous répond oui directement, mais ça ne nous semble pas gagné, il y a beaucoup de monde, on ne voit pas trop comment on pourrait caser les vélos, mais on se dit que dans ces pays, ils ont souvent plus de ressources que nous. On prend notre mal en patience (le bus ne part qu’a midi), en essayant de rester confiant. Finalement, quelques minutes avant l’heure du départ, agitation soudaine, le chauffeur annonce quelque chose, tout le monde se lève, les gens montent dans un autre minivan, des bagages sont cases sous les bancs, puis un gars monte nos vélos dans le véhicule. Il a les dents rouges et crache de la même couleur. Vu comme il les accroche sérieusement, on se dit que ça va secouer ! On nous fait signe de rester avec les vélos, et on prend finalement la route, plus que 4 passagers a bord. Du coup on a un peu peur de payer plus cher, mais non, même pas de surplus pour les vélos ! On part vers 12h30 (heure birmane : une demi-heure plus tôt qu’en Thaïlande !), pour un trajet de 5 heures sur une piste de montagne, en enchaînant des pentes ultra-raides. Bon courage aux cyclos qui arriveront a faire la route a vélo ! Mais les paysages sont magnifiques, on traverse des petits villages, on se sent directement plongé en Birmanie.

On atteint donc Dawei en fin d’après-midi, juste le temps de trouver une Guest House avant la nuit. (On s’en sort pour 12 000 kyats, soit 12 dollars (9 euros), ce qui est plutôt cool pour le pays.)

22 février, premières découvertes. On se lève tôt pour se balader vers le bord du fleuve et déambuler dans les allées étroites du marché. Du monde partout, des odeurs qui prennent au nez, tous les produis locaux et colorés qui défilent sous les yeux. Du coté des poissons et autres animaux marins, on voit des trucs sympas. J’adore les marchés, c’est toujours une immersion directe dans chaque culture.

L’alphabet birman est très joli, tout en arrondi. On trouve des ressemblances surprenantes avec le géorgien !

Myanma

En fin d’après-midi, on découvre le temple, avec sa pagode toute dorée. Un panneau indique une chaussure barrée. Mais c’est une vaste zone, on peut rentrer en moto et tout. On hésite un peu avant de voir qu’effectivement tout le monde se déchausse, pas uniquement dans les bâtiments mais dans toute l’enceinte du temple ! (Ce sera pareil partout, que le sol soit du goudron, de l’herbe ou des cailloux). Les moines eux, sont en tong, l’arnaque. Mais dans le reste de la ville, ils marchent pieds nus. Marrant, non ?

Ce qui nous frappe tout de suite, c’est les visages peinturlurés. Beaucoup de femmes de tout age ont des traits, des ronds, voire tout le visage ou même les bras peints, les enfants aussi et même parfois les hommes. Ce maquillage birman s’appelle le thanaka, il est fabriqué a partir de certains bois.

23 février. Quand on voyage a vélo, on voit beaucoup de choses, mais toujours un peu passivement, celles qui sont sur notre route. On a pas l’habitude de faire de détours, d’aller quelque part exprès pour voir quelque chose. Alors, c’est tout bête, mais si on avait pas discuté avec un néo-zelandais a l’auberge, je crois qu’on aurait pas eu l’idée tout seuls d’aller sur la cote, qui n’est pourtant qu’a une dizaine de kilomètres. Ce jour la, on fait donc une balade a vélo vers l’océan pour aller faire de grands coucous a nos amis Margot et Gautier (les deux loustics avec qui on a roulé pendant 3 semaines, a une époque ou l’on craignait le froid de l’hiver), qui sont maintenant juste en face, en Inde. Au passage, on se régale avec quelques « itchakwi » tout chauds  (je ne sais pas trop comment l’écrire mais ça se prononce a peu près comme ça), c’est une sorte de gros churros (sans sucre) que les birmans mangent le matin.

Pate a « itchakwi »

On ne s’arrête pas a la première plage (de Maungmagan) ou on nous a dit qu’il y avait du monde, on poursuit directement la cote vers le sud. Quand on en peut plus de pousser dans le sable, on essaye de rejoindre la plage. Finalement, c’est mieux !

Roulant sur le sable mouillé, on arrive dans un petit village de pêcheurs. Les maisons sur pilotis sont directement construites sur la plage. Alors que Sara est allé savourer une petite baignade matinale, une ribambelle d’enfants commence par approcher, trop mignons. Ils semblent très enthousiastes de poser devant l’appareil et l’essaim m’entoure pour venir voir la photo a m’en faire perdre équilibre !

Des hommes s’affairent sur les bateaux, des femmes écaillent et coupent le poisson. On ose s’arrêter pour les regarder faire. Elles semblent autant intéressées a nous regarder. Un moment fort partage, juste de regards et sourires.

Et sur le sable, des centaines de crabes se cachent dans leur trou a notre passage. Ils sont tout petits, mais avec une seule énorme pince !

La chaleur est déjà suffocante quand on remonte vers Maungmagan, on peine dans le sable. On trouve alors une plage toute aménagée avec des restaurants, il y a d’un coup plein de monde. Dommage. Mais, coup de chance, des cyclistes de Dawei qui viennent ici tous les dimanches viennent a notre rencontre et nous offrent le déjeuner ! Ils parlent assez bien l’anglais pour qu’on discute pas mal : ils nous en apprennent plus sur les coutumes de leur pays, et répondent a toutes les questions qui nous intriguaient. On va se frotter un peu aux grosses vagues de l’océan indien (ce matin on était dans une baie avec peu d’eau), puis ils nous conduisent a des sources chaudes. On franchit ensemble le col pour retourner vers la ville, ils nous font visiter un peu, on termine par une petite baignade dans la piscine du senior de l’association, avant de nous raccompagner juste avant la nuit a notre hôtel. Merci les gars !

La nouvelle université de Dawei

Dawei à Myeik a vélo

Apres ces deux journées a Dawei, le 24 février on est prêt pour se lancer sur la route de Myeik a vélo. Environ 265 km. Dans ce pays, il y a plein de zones interdites, ça change et c’est pas clair. Comme les frontières viennent d’ouvrir et que cette partie est excentrée, on trouve presque aucun retour sur le net. On sait juste qu’au moins un cyclo allemand est déjà passe par la, en janvier. Le problème, c’est pour les nuits. On est supposé dormir chaque nuit dans un hôtel licencié pour recevoir des étrangers. Et on a lu plusieurs fois qu’en dormant chez les gens, on ne prend pas de risque pour nous mais c’est eux qui peuvent être ennuyés par la police. Par contre, le bon plan que nous donne le back-packer rencontrée a Dawei, c’est que le pouvoir religieux est ici tellement respecte que si on dort dans un temple, la police ne viendra pas. On va essayer de faire comme ça !

La journée commence on ne peut mieux : on recroise par hasard un des cyclistes d’hier qui nous invite pour un petit déjeuner traditionnel : itchakwi, chapati et samosas, thé au lait.

La route commence bien, étroite et goudronnée, bordée de palmiers. Plusieurs longues files de statues de moines, traversent les champs ou descendent les collines. Tout le monde nous sourit. Juste répondre bonjour en birman a beaucoup de succès. Mingalaba !

Les écoliers de Birmanie sont les plus beaux du monde : sarong vert foncé, chemise blanche et sac tissé en bandoulière, coloré et aux motifs traditionnels (ou pas, on a vu un sac angry birds !). (Dans un village, les sacs tissés ont laissé place a des sacs a dos turquoise « UNICEF », me questionnant une fois de plus sur la façon de travailler des ONG. C’est cool d’encourager l’uniformisation, non ?)

Au bord de la route, une jolie pagode de pierre annonce l’heure de la pause. Puis des élèves commencent a approcher timidement. On échange quelques mots, quelques sourires. Puis peu a peu, on s’apprivoise. Sara mène comme elle peut la conversation grâce au phrasebook. On apprend leurs ages, on essaie d’apprendre quelques mots, au milieu des rires joyeux. Quand l’un d’entre eux lit  le mot birman pour « boyfriend » (yiza), il entreprend de nous montrer tous les amoureux de la classe, et c’est l’éclat de rire général !

Et quand elle essaye de compter, ils se mettent aussitôt a énoncer les chiffres tous en chœur !

La pagode de pierre

Ils nous rappellent d’enlever nos sandales. Oups, comme c’est un vieux monument en pierre, on y avait pas pense, ça fait pas le même effet que les temples modernes. Puis ils repartent vers l’école.

Bye bye !

Mais le professeur a peut-être décidé que c’était l’occasion de faire cours d’anglais ? Ils reviennent 5 minutes plus tard et on reprend les échanges de mots et de rires. Un moment fort comme on les aime.

Photo de classe !

Apres 40 km, la route est devenue une piste assez caillouteuse. Les bornes indiquent le nombres de miles (héritage britannique) en chiffres birmans. Comme on essaye a chaque fois de les déchiffrer, on apprend vite a les reconnaître (pas très utile mais amusant :).

Mile 35

Alors qu’on se repose (de nouveau, mais il fait très chaud !), une petite vieille vient nous chercher sous notre arbre, nous invite chez elle et nous offre a boire une canette de red bull.

Le premier soir arrive. Coin assez sauvage, du coup on hésite a faire un bivouac incognito mais comme c’est pas idéal on poursuit un peu. Et paf, un check-point. C’est trop con, on a pas vu un seul policier de la journée ! Mais finalement on flippe pour rien, ils ne nous arrêtent même pas. Quelques kilomètres plus loin, un gros village. On cherche le monastère. Des femmes comprennent tout de suite que l’on cherche a dormir et nous conduisent en moto jusqu’au temple. Un gars qui se débrouille un peu mieux en anglais vient parler avec nous, avec un moine. Puis ils nous emmènent voir le moine en chef. On monte l’escalier (bâtiment sur pilotis). Quand on arrive, deux moines psalmodient et on attend un peu en silence. Des que le « chef » se retourne, tout le monde se jette au sol et fait plusieurs révérences en joignant les mains. On imite gauchement. Ils nous présentent et expliquent notre requête de passer la nuit dans le temple (on reconnait les mots France et vélo). Le moine garde un air grave et semble hésiter. En fait, ils sont surement en train de simplement réfléchir a l’endroit ou ils vont nous loger. Quand il a accepté, tout le monde se prosterne de nouveau et on quitte le bâtiment. Le protocole d’accueil effectué, on peut prendre une douche au jet d’eau, et quand on revient ils ont installé natte et moustiquaire dans une belle pièce.

Le jeune revient nous chercher pour nous inviter a boire un café dans le village. Pour la première fois, on assiste a la préparation du bétel, qu’ils mastiquent a longueur de journée. Ils étalent une pâte blanche (de la chaux) sur une large feuille de bétel (une liane aux nombreuses propriétés), déposent une rondelle veinée marron et blanche et enroulent la feuille autour. Ils peuvent aussi ajouter différentes épices voire du tabac selon les goûts. La rondelle, c’est une tranche de noix d’arec, qui se trouve au milieu du fruit d’un palmier. C’est elle qui colore salive et dents en rouge sang et donne aux birmans un sourire de vampire ! Tous les cafés et restaurants ont leur petit stand, qui ressemble plus a un atelier de peinture qu’a un bureau de tabac ! Réservé aux hommes et femmes âgées. J’ai pas osé essayer.

Feuilles de bétel

Noix d’arec

Le deuxième jour, la piste devient plus difficile. Des cailloux, de la poussière et beaucoup de dénivelé. Mais les paysages sont superbes, les rencontres donnent le sourire.  A notre surprise, on trouve souvent quelqu’un qui parle un peu d’anglais. Peut-etre du fait de la colonisation, mais aussi parce que certains sont partis travailler en Malaisie. Lors d’une pause, des garcons viennent timidement jusqu’à nous et nous tendent un papier. On le déplie : une main d’adulte a écrit « do you speak malay? ». On répond que non, malheureusement, par écrit. Ils repartent en courant, et reviennent avec deux canettes de fanta :D 

Il y a parfois des travaux pour améliorer la piste. Mais ce que l’on voit ressemble moins a des chantiers de génie civil qu’a des travaux forcés. Casser des cailloux a la masse, les porter sur l’épaule, les poser un a un, nettoyer les impuretés, faire fondre des bidons de goudron au feu de bois pour essayer de souder le tout…  Étrange. Simples voyageurs qui voyons beaucoup mais comprenons peu !

Sur les locaux de la Ligue Nationale pour la Démocratie (de nouveau légalisée en 2011), mais aussi un peu partout dans les maisons ou cafés, on retrouve le portrait de Aung San Suu Kyi, toujours cote a cote avec celui de son père Aung San en militaire (héros de l’indépendance).

Le soir on s’approche de nouveau d’un temple. C’est un grand monastère, il y a beaucoup de monde. C’est l’effervescence, peut-être se prépare-t-il quelque chose ? On demande de nouveau par geste a ceux qui viennent vers nous. On suit la même procédure que la veille, l’air grave des moines. Il semble qu’ils soient très respectes. Personne ne parle anglais, la communication est limitée. On n’arrête pas de nous servir a boire. Malheureusement, toujours ces cochonneries de boissons énergisantes. C’est pas bon, mais c’est frais. Pour la douche, on a cette fois droit a une grande pièce avec au milieu un large bac d’eau limpide et fraîche, un peu comme un grand lavoir, on pourrait s’y laver a dix tout autour, mais ils nous laissent notre intimité ! On retourne voir les moines dans la soirée et ils sont alors très souriants. Ce n’est que le temps de la procédure qu’ils prennent un air sérieux. On a beau tout faire pour essayer de leur faire comprendre qu’on vient de dîner, ils n’arrêtent pas de nous proposer de manger. On arrive finalement a se coucher. 10 minutes plus tard, une femme vient nous sortir du lit pour nous servir un plat. On se recouche après avoir fini l’assiette (c’est très bon) et discute avec de nouvelles personnes. 10 minutes plus tard, une autre nous apporte une assiette de flanc a la noix de coco ! C’est comme si chacune voulait nous faire goûter son plat ! Dans la pièce ou on dort, il y a des jeunes moines-filles en toge rose, rasées elles aussi. On voit beaucoup de femmes-moines en Birmanie, alors que c’était très rare dans les pays précédents. Mais elles n’ont pas la même vie que leurs homologues : au niveau égalité hommes / femmes, le bouddhisme n’est pas meilleur que la plupart des religions. Ce soir la, on ne sait pas ce qu’il se passe, mais il y a du mouvement, des récitations, toute la nuit ! On ne dort pas beaucoup. Un gars vient nous lever a 5h45 pour le petit-déjeuner. Tout le monde nous attendait, et des qu’on commence a manger le riz et goûter aux nombreuses assiettes de viande sur une des tables basses et rondes, tout le monde commence. Ils nous ont donné des cuillères, mais eux mangent tous avec les mains, faisant une boule de riz avec laquelle ils attrapent un morceau de viande ou de poisson. On reprend la route le ventre plein.

Nouvelle journée éprouvante. Aux forets sauvages du début ont succédé de grandes plantations régulières d’hévéa. Sur certains points, la Birmanie semble donner une bonne image de ce qu’ont pu être les pays voisins il y a quelques temps. Par exemple, on voyait bien quelques hommes en pagnes dans les campagnes, mais ce n’était pas le plus commun. Ici tous les hommes portent le sarong noué autour de la taille. Au début ça fait un peu drôle des hommes en jupe, puis on s’y habitue très vite. C’est assez classe en fait. Dans les pays précédents, la tôle a remplacé la plupart des toitures, sauf pour certains petits abris qui gardent le traditionnel toit en feuilles de palmier. Ici c’est toutes les maisons qui ont une magnifique toiture de bambou et feuilles. Si on a bien compris, selon la palme utilisée ils doivent refaire la couverture tous les ans ou tous les trois ans. A la fin de la saison sèche, pour être d’attaque pour la mousson. Et la fin de la saison sèche arrive bientôt. Alors les premiers s’y mettent déjà.

Le troisième soir, on tombe sur un tout petit temple, il n’y a pas grand monde, mais on revit encore la même procédure. Une fois qu’on a été présenté et accepté par les moines, on accroche de nouveau notre moustiquaire achetée au Viet Nam qui se révèle souvent bien pratique.

Un type très sympa (et un autre un peu relou mais pas méchant) nous prennent sur leur moto pour nous amener boire un coup dans le village. Puis un peu plus tard le sympa qui est l’ancien instit du village nous invite a une fête de mariage. Au début on est un peu hésitant, on sait pas trop ce que ça va être et on est claqué. Mais il insiste un peu, alors, on est reparti pour un tour de moto ! On regrette pas : on rentre dans une maison toute décorée, on pose avec la mariée, et on se retrouve vite avec une grosse noix de coco chacun dans les bras pour en boire le jus. On nous invite pour la cérémonie de mariage qui a lieu le lendemain a 8h. On aime profiter des heures matinales pour rouler avant qu’il fasse trop chaud, mais comme on n’est pas invité a un mariage birman tous les jours, on accepte avec joie. Comme convenu, a 7h30, notre instit vient nous chercher en moto.

D’abord, un petit-déjeuner est servi a volonté sur les nombreuses tables. Gâteaux moelleux, sorte de pâte de fruit, et flanc a la noix de coco. Tout le monde nous prend en photo, et nous invite a nous resservir ! On se soucie de nous : are you ok? par ci, do you like it? par la.

Arrive le début de la cérémonie. Les mariés montent dans la maison décorée qu’on a vue hier. La veille, la mariée était vêtue d’une robe jaune toute décorée, aujourd’hui, elle porte le même genre de robe, mais en blanc. Elle est vêtue exactement de la même manière que sa belle-sœur, qui reste a ses cotes tout le long de la célébration. Le marié porte un sarong rayé bleu clair et blanc, et une veste blanche. Il n’y a pas de place pour tout le monde, mais ça s’entasse et on nous dit de monter avec la foule. Les derniers maquillages ajoutes (alors qu’il y en a déjà beaucoup trop) la mariée arrive dans la pièce principale, et rejoint son futur époux en se faufilant parmi le public, alors que la cérémonie semble avoir déjà commencé. Beaucoup de passage, les gens montent, restent un instant et repartent. Un brouhaha permanent qui ne semble pas gêner la célébration. Un équivalent de curé cache par des grandes plantes dirige la cérémonie.  D’abord, une boite dorée qui passe de mains en mains dans un sens puis dans l’autre, fait plein d’aller retour entre les parents. Est-ce qu’il est question de dot ? Les deux mariés se prosternent avec un gros bouquet de fleurs chacun. A un moment, les deux mères passent chacune leur tout un grand collier de fleurs blanches autour du cou des mariés. Plus tard, ceux-ci plongent leurs mains dans une coupe d’eau ou flottent quelques fleurs, sous les « bénédictions » du prêcheur.

Passage de la boite dorée

Collier de fleurs

La coupe d’eau

On repart ensuite pour la quatrième et dernière journée de route. C’est de nouveau plus facile. Mais on sous-estime la distance restante, et c’est une journée épuisante qui nous conduit jusqu’à Myeik ou on arrive de nuit. 85 km avec pas mal de dénivelé jusqu’au bout (et même la traversée d’un bras de mer en barque). Et quand on arrive, l’hôtel le moins cher qu’on trouve est a 25 dollars. On a quasi jamais paye une nuit aussi cher, et c’est assez nul en plus. On aurait vraiment mieux fait de dormir une fois de plus dans un temple et arriver tous frais le lendemain. Bref, on est assez dégoûté, mais ça arrive de se planter…

Myeik à Kawthoung en bateau

Myeik est plutôt bien située, juste au bord de l’Océan, avec une petite île juste en face. Un port animé, et une grande pagode dorée qui domine le tout en haut de la petite colline. On se promène la haut quand on croise 3 blancs – on en a pas vu beaucoup ici, moins qu’a Dawei et tout le monde nous salue tout le temps ! On échange un simple sourire, et derrière nous on entend en français un « y a quand même des touristes ici » qui nous vexe pendant une demi-heure. Touriste toi-même ! Le vol s’est bien passé ? Celui-la, si on le revoit… ;)

Port de Myeik

Il y a une piste qui continue vers le sud jusqu’à Kawthoung. Mais la zone semble assez militarisée. Un mois avant nous, le cyclo allemand a essaye de passer mais il a du faire demi-tour après 75 km. On pourrait essayer de nouveau, mais on a un peu la flemme. Et puis la voie des eaux est aussi très tentante, a travers un grand archipel sur la mer d’Andaman. Un ferry fait le trajet tous les jours, pour 40 dollars (27 pour les locaux). Apres une journée dans la ville, on est donc sur le quai de bon matin. C’est un ferry long, étroit et très bas. La bonne surprise, c’est qu’il est climatise. La mauvaise, c’est qu’ils mettent de la musique beaucoup trop fort (un problème partout en Asie). Mais rapidement le mec qui contrôle les tickets nous propose d’aller sur le toit. On sort sur l’étroit passage sur le cote, on se cramponne car ça va vite, et on grimpe sur le toit ou sont déjà nos vélos. Une bâche protège du soleil et du vent, on y est super bien, le moteur est toujours moins assourdissant que la musique, alors on y reste quelques bonnes heures. On est jamais loin d’une des 800 îles qui s’égrènent tout le long du trajet et forment l’Archipel de Myeik (ou Mergui). On regarde les très nombreux bateaux de pêche, et on guette si on apercevrait pas une embarcation des Moken, un peuple nomade, des « gitans de la mer » qui vivent par ici (très belle galerie sur survival). Je ne crois pas qu’on en ait vu, bien que Sara n’ait pas cessé de me dire, toute excitée, « là, des Moken » !

Sur le toit du ferry

A un moment, on se fait même attaquer par un superbe bateau pirate.

A l’abordage !

Bon, en fait, on décharge juste un passager. 7 heures de bateau, et on arrive a Kawthoung, a l’extrémité sud du pays. Ils déchargent les œufs…

Et nos vélos !

Kawthoung, c’est un endroit fameux pour le « visa-run » (pour prolonger son séjour en Thaïlande, il suffit de faire un aller-retour ici, ce qui est possible sans visa, et on a un nouveau tampon thaï). Du coup, on nous donne tous les prix en bahts ! Une mosquée et pas mal de musulmans. On trouve un hôtel a 25 dollars, encore. Par contre, cette fois, il est chouette, avec une vue géniale sur les bateaux et l’île en face. On avait pense rester 3 jours, mais comme c’est un peu cher pour nous, on ne reste qu’une nuit.

On a quand même le temps d’en profiter. Le soir, balade sur la pointe Sud, et le dernier jour en Birmanie, super découverte du marché dans une partie de la ville ou les maisons sont construites sur de hauts pilotis au dessus de l’eau. Lumière matinale, aller et venues des bateaux, c’est juste trop beau.

Point le plus méridional de Birmanie

Un cote du marche un peu moins charmant

Avant de retrouver les robes orangées des moines thaï, on assiste une dernière fois a l’Aumône des moines birmans dans leur jolie toge lie-de-vin.

On avait déjà traversé une frontière en ferry, une autre en cargo, cette fois, on monte dans une toute petite barque pour retourner en Thaïlande. Mazette, ça tangue, j’ai peur pour les vélos ! Mais on parvient sans dommage a la première île ou les passeports sont vérifiés par des soldats birmans, puis a la deuxième ou ils sont vérifiés par des soldats thaïs (quand y en a un qui entre et fait ouvrir une valise, celle qui tient les passeports a le temps de glisser une cartouche de tabac sous le plancher), et enfin au port de Ranong.

Pile-poil sur la frontière

Cote thaï, faut qu’ils pensent a changer leur drapeau

C’est déjà la fin de ce court passage en Birmanie. Un album de 180 photos pour 10 jours, peu d’endroits ont été aussi photogéniques ! Et on a le sentiment d’avoir fait plus de rencontres qu’au Laos, Cambodge et Thailande réunis ! On a eu beaucoup de chance, c’est le bon moment pour voir le pays, car avec un potentiel pareil, on peut s’inquiéter de l’impact a venir du tourisme. Ça aura été vraiment le passage enchanté de l’Asie du Sud-Est !!!  Mais, enchantés, on ne l’est pas vraiment de retourner sur les grandes routes de Thaïlande, avec leurs gros chiens et leurs pick-ups teigneux…

***

Birmanie (ဗမာ)

Flag of Myanmar21.02.2014 – 02.03.2014 (264 km + 140 km en mini-bus et 300 km en bateau)

17 Responses to Visages jaunes et sourires rouges

  1. François says:

    Rouler à droite, c’est juste une question de logique, plus qu’astrologique ! (vu que les deux-tiers du monde roulent à droite). Je me demande comment ils ont pu déterminer « astrologiquement » que c’était mieux…

    Encore un article passionnant !

  2. Deplanques Michel says:

    Bonjour a vous Un pays bien accueillant qui va vous laisser de bons souvenirs

  3. hujjo says:

    Quelle chance vous avez eu dites donc !

  4. Myriouf says:

    très chouette !!!

  5. Brigitte Bernet says:

    Quelles merveilles ! Et à vous lire, ça parait tout simple d’aller comme ça dans un pays qui vient d’ouvrir ses frontières, dont on ne parle pas la langue, dont on ne peut pas lire l’écriture … MAis pourquoi n’y être resté que 10 jours. Qu’est-ce qui vous fait courir comme ça ? J’ai du rater un épisode, vous avez déjà vos billets pour la Nouvelle Zélande ?
    En France, dans le Sud en tout cas, le printemps a éclaté d’un seul coup. Grosse chaleur, ciel limpide, la végétation qui se ranime à toute vitesse. Vite, au potager, planter, biner, sarcler, greliner, semer, arroser … le privilège des sédentaires ! Faut bien qu’on ait des compensations …
    J’espère pouvoir partir sur vos traces, un jour prochain. Mais d’ici là, c’est une belle saison qui s’annonce ici, sur le chemin de Stevenson.
    Plein de gros bisous pour vous.
    Brigitte

    • Matthieu says:

      Ca reste complique de ne pas dormir a l’hotel, et l’hebergement pour touristes est cher. Quand on a decide de pousser jusqu en nouvelle zelande, on pensait arriver la bas avec quelques sous en poche. Mais la Chine et l’Asie du sud-est nous ont coute beaucoup plus cher que les pays precedents, et on s’inquiete un peu d’avoir assez pour finir la route. Comme ca nous tient a coeur de faire au maximum la route a velo jusque la bas, on a prefere ecourter un peu vu les prix de l’hotel ! C’etait court mais tres fort !

      Merci pour ces quelques images des Cevennes ! (j’ai lu justement il y a peu les petites aventures de Stevenson et Modestine ;)

  6. anniethomas41 says:

    Je suis contente que vous ayez trouvé la Birmanie aussi jolie que moi à quelques années de différence. Pour moi c’est le plus beau des pays. Continuer à faire de belles rencontres, C’est toujours un plaisir de vous lire.

    • Sara says:

      Merci :)
      Pour nous aussi, rien qu’avec le peu qu’on en ait vu, ce pays fait partie de nos coups de coeur. Ca nous donne bien envie de revenir, prendre plus le temps de découvrir toutes ses richesse !

  7. Ananas says:

    Encore un superbe article, très enthousiaste et toujours de très belles photos ! Très jolies les noix d’arec ! Cool la rencontre avec les enfants !

    J’ai beaucoup ri à « y a quand même des touristes ici » qui nous vexe pendant une demi-heure. Touriste toi-même ! Le vol s’est bien passé ? Celui-la, si on le revoit… ;) », tellement que Capi (mon chien) est venu participer à la rigolade… Eux ne se sont sûrement pas fait inviter à un mariage… « TOURISTE » NON MAIS !!!

  8. Ananas says:

    Je viens d’aller voir le lien sur les Moken, très intéressant et chouette !! (à part la fin…triste !)

  9. Ananas says:

    Depuis 1989 la Birmanie s’appelle Myanmar,
    Ce fut aussi la chute du mur de Berlin,
    Les 40 ans de Maxime Le Forestier,
    Mais pour moi le plus important de l’année 1989 reste…..la naissance de Matthieu !!!
    Ben oui, une mère reste une mère…!!

  10. Commission d'enquête sur le détournement d'avions says:

    Au fait, zavez pas vu passer l’avion perdu? ;)

  11. Bernard Grannec says:

    J ai fait cette route du 10 au 26 janvier2014 mais en partant de yangoon. Un peu déçu par les longues
    Plantations d heveas sur la route. Mais enchante par l accueil des birmans. Plusieurs fois logé chez l habitant, mais souvent contrôlé, et même suivi par la police touristique (a scooter).
    Qui m ont quand même aidé à me loger.
    Confirmation que le terminus c est myiek, bateau obligatoire.
    Apres avoir traversé la thailande et malaisie, je suis depuis 3 jours en indonesie en route vers nord. Cordialement. Bernard

    • Sara says:

      Merci pour ton retour, en particulier sur ton expérience chez l’habitant, vachement positif par rapport a tout ce qu’on avait pu lire ou entendre.
      On a été aussi suivi une fois par un type en scooter qui se disait de la police, bien qu’il ne portait pas d’uniforme, et que la seule preuve qu’il nous ait montrée était un agenda avec un logo de police municipale. Au final, il nous a aussi aide a nous loger en faisant la demande dans un temple, et c’est même grâce a lui qu’on s’est retrouve invite a un mariage. Plutôt cool du coup :)
      Par hasard serais-tu a vélo couche ? On a rencontre des villageois qui ont été bien marque par le passage d’un français en vélo couche peu avant nous, ils n’arretaient pas de nous imiter la position en éclatant de rire ;)
      On est encore au nord de la Malaisie, l’Indonésie c’est pour dans un petit mois, mais on mettra le cap vers l’est.
      Bonne route !

Ecrire un p'tit mot

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s