4000 îles !

Après deux jours de repos a Paksé, on remonte donc sur nos vélos. Quand on se paie un hôtel, on a un peu envie de rentabiliser au maximum, on s’arrange donc pour le prendre a midi, et le quitter a midi. Heureusement qu’on s’en prend pas toutes les nuits, on avancerait guère ;) Grosse hésitation pour la suite de l’itinéraire : continuer sur la route 13 qui nous conduira sûrement et rapidement jusqu’au Cambodge, ou traverser le Mékong (depuis peu avant Paksé, le Mékong ne marque plus la frontière avec la Thaïlande, celle-ci se trouvant un peu plus a l’ouest) pour faire un détour par un temple khmer et espérer pouvoir rallier les 4000 îles par cette rive ? Ça ne rallonge pas tellement, mais renouer avec de la piste quand on sait qu’il y a une belle route juste en face, ça nous dit moyen. Cette frénésie d’avancer nous surprend, nous qui aimions tant prendre le temps. Mais peut-être qu’après l’Asie centrale ou nous multipliions les détours dans les montagnes, et la Chine ou nous avancions motorisés par bonds de géant, ça nous fait du bien de se voir de nouveau  »avancer sur la carte » a vélo.

Tout juste passé le croisement fatidique, sur la route 13, Matthieu me lance « je ne suis pas sur qu’on fasse le bon choix ». Je perds patience, ça fait trois heures qu’on tergiverse, une fois oui, une fois non. Si t’as peur de regretter, alors allons y, mais cessons de réfléchir ! Le vent dans le dos, on avale nos 50 km avec une facilite déconcertante ! Alors qu’on se prépare a chercher notre lieu de bivouac, on croise deux cyclos qui nous lancent « le campement c’est par la ! » On les suit en souriant, et on passe une superbe soirée avec cinq cyclos coréens, qui se sont rencontrés en route, dont un couple parti de Melbourne et se dirigeant lentement jusqu’en France, la même trajectoire que nous en sens inverse ! Échanges d’expériences et de points de vue, c’est chouette de découvrir un peu un pays qui ne se trouve pas sur notre route. (Savez-vous que les coréens comptent leur age a partir de 1 le jour de la naissance ?)

Soirée sympa autour d’un beau feu de camp, avec 5 cyclos coréens

On se quitte de bon matin, eux remontant sur Paksé, nous partant a la découverte du temple de Wat Phou. Je suis un peu nulle pour parler histoire etc. (ou peut-être surtout pas très motivée) alors juste quelques photos pour illustrer (pour les frustrés, un peu de patience, je suis sure que Matthieu s’attardera plus a ce niveau en racontant les temples du Cambodge ^^).


On reprend notre descente en fin de matinée, par de jolies pistes forestières, qui roulent finalement très bien et présentent en même temps l’avantage d’être très peu fréquentées. Heureusement d’ailleurs, parce que le plus désagréable avec ce genre de route, c’est la poussière que soulèvent les camions.

Puis on arrive a Munlapamok de bon matin, on petit-déjeune notre soupe de nouille quotidienne devant le ballet des barques et bacs faisant traverser le Mékong a toute sorte de véhicules. Malgré l’absence de pont, cette ville est plus connectée avec ses voisines outre-mékong qu’avec celles sur la même rive : une rivière a traverser pour retrouver le goudron est en fait bien plus simple que des km de piste.

La, on se rapproche très sérieusement des fameuses 4000 îles sur le Mékong, une destination privilégiée des backpackers. Backpacker, pour ceux qui ne connaissent pas, c’est un peu le nouveau terme pour désigner les routards. Ce sont donc ces gens qui voyagent autonomes, sac au dos, dans une idée alternative au tourisme de masse. Leur point commun : le Lonely Planet. Jusque la, tout va bien, on se sentirait presque des leurs. Le hic ? c’est que la plupart de ces braves gens suivent a la lettre les conseils de leur précieux guide, et qu’ils sont bien nombreux, alors l’un dans l’autre, ils recréent sans s’en rendre compte un peu tout ce qu’ils rejettent dans le tourisme de masse. Tout ça pour toucher deux mots sur nos difficultés a appréhender les grands sites touristiques, qu’elle qu’en soit la forme de tourisme. Parce qu’on a été plus d’une fois déçu par ces fameux sites. Déçu par tout ce que cela entraîne : les prix élevés, les magasins de souvenirs a la cons, les racoleurs insupportables… et surtout les masses de visiteurs. Un site, aussi beau soit-il, lorsqu’on le découvre dans cette ambiance, ben y a rien a faire, on ressent forcément moins d’émotion que toute autre découverte inopinée, parfois de « qualité » équivalente (qui juste n’a pas (encore) été pointée publiquement comme site incontournable) ou même plus basique, mais que l’on découvre en confidentialité. L’enjeu, pour nous, devient donc de parvenir a retrouver cette émotion qui nous plaît tant, dans ces sites a  grande renommée, qui ont évidemment de bonnes raisons de l’être.

Tout comme on était bien content de la façon dont on a découvert la fameuse baie d’Ha Long au Vietnam, on est une fois de plus ravi de ce qu’on a fait sur ces 4 000 îles ! Mission réussie ! Voila en quelques mots notre parcours.

Notre idée était de réussir a descendre le Mékong d’îles en îles, en alternant vélo et bateau, toujours dans notre obsession a éviter les allers-retours. L’idée était simple, mais en voyant sur nos cartes et guides les liaisons de bateau existantes (très limitées), ça nous a de suite paru plus compliqué. On se gribouille alors un petit schéma, pour essayer de demander aux gens s’il existerait pas une petite liaison sur cette rive, plus au sud, ralliant directement l’île Don Khong (don signifie île en lao, donc ma tournure est carrément redondante mais plus facilement compréhensible ;). C’est oui ! on continue donc notre descente, rive droite, jusqu’à notre embarcation.

Cette première île, la plus grande des quatre mille, n’est finalement pas très touristique (surtout au nord, puisque la liaison « officielle » se situe au sud), et notre courte pause dans la première petite échoppe qu’on trouve nous offre une belle rencontre avec une ribambelle d’enfants curieux et enthousiastes. Le petit bonhomme de deux ans sait compter en anglais jusqu’à vingt, a la grande fierté de sa maman !

Les dessins, même très moches, sont un super support pour communiquer. Les gens s’amusent a chaque fois en reconnaissant des éléments de leur quotidien. Cette fois-ci, les enfants s’exclament tous en chœur le nom en lao de chaque gribouille !

On traverse rapidement cette île, jusqu’au sud. Mais avant de poursuivre, voila un petit schéma des lieux :

Notre seconde embarcation est une plate-forme en bois posée sur deux pirogues. Le tout parait plutôt « léger » mais s’avère en fait vachement pratique pour les vélos !

Cap sur Don Som !

Chouette scène de pèche en fin de journée :

La nuit arrive, on demande donc a un temple pour mettre la tente. Le moine nous congédie d’un grand sourire, plutôt déconcertant. C’est la première fois au Laos qu’un temple nous refuse, est-ce du au tourisme ? L’île est très habitée, et les enfants nous tendent la main en clamant des « pen pen ». Tout de suite, on se sent plus mal. Mais la nuit tombe, entre les villages : des rizières, on se décide donc a planter la tente sur un bout de terrain vague, cerné de bambous, en bout de village. Les bambous craquent, courbent, grincent, brr Matthieu n’est pas très serein et craint que ça l’empêche de dormir. Moi, avec mon sommeil de plomb, ça m’angoisse moins. De toute façon, pas vraiment envie de repartir dans la nuit sans aucune garantie de trouver mieux. Alors on monte le camp. Mais une fois enfermés dans la tente, ces bruits prennent une toute autre tournure. C’est pas la peur que l’arbre nous tombe dessus, non, mais la peur que quelqu’un vienne toucher a nos affaires (vu que les villageois ne nous avaient pas fait très bonne impression), et qu’avec tout ce boucan, on ne l’entende pas. Après quelques heures de lecture, ou de discussion sur la journée de passée, je me souviens plus a vrai dire, je ressors faire pipi. Avec ces nuits immenses, ma vessie ne tient pas, c’est l’horreur, surtout depuis que notre fermeture de tente ne marche plus, et qu’on bricole donc tout un mic-mac avec une moustiquaire et des pinces pour limiter au maximum les risques de palu ou autres trucs joyeux dans le même genre. Bref, je ressors donc, et la j’ai tout juste le temps d’apercevoir un homme se cacher derrière un arbre, a moins de deux mètres de la tente. Mince, mes craintes que je m’efforçais a me dire irrationnelles s’avèrent fondées… Flipette comme pas possible, j’ose même pas faire le tour de l’arbre pour démasquer cet intrus. Je parle fort, volontairement, racontant a Matthieu ce que j’ai vu, je ne sais pas trop dans quelle idée, surtout pour m’apaiser je pense. Je fais un tour sur moi même en braquant la frontale pleine puissance, je ne vois rien. Je m’apprête a rentrer dans la tente, j’éteins la lampe au moment de soulever la moustiquaire (encore pour limiter les risques de moustiques), et la je ne sais vraiment pas ce qui me passe par la tête, mais je rallume d’un coup ma lampe en la braquant sur le gros arbre… et je vise en plein sur l’homme qui est en train de passer d’un arbre a l’autre ! « Sabaidi » je lui lance, le cœur battant a cent a l’heure, il me répond furtivement et prend la fuite. J’en reviens pas comme je l’ai eu, je plonge dans la tente toute retournée. Je peine a retrouver mes esprits, j’essaye de trouver des explications sensées a son comportement, mais j’en trouve pas une seule de pas mal intentionnée. Finalement, Matthieu trouve vite le sommeil, alors que moi j’arrive a m’endormir seulement une fois que le vent cesse, stoppant ainsi les grincements de bambous. Mais a chaque fois que le vent se relève, je me réveille aussitôt et jette un œil aux vélos. J’accueille le lever du jour avec soulagement. Wahou… la peur de la nuit comme je n’en avais pas connue depuis bien longtemps. Au petit matin, on se lave dans un bras du Mékong, non loin d’un jeune moine qui fait la même chose dans son petit pagne de bain orange ! Petit déjeuner de galettes de riz soufflé, sympathique ! On traverse donc notre seconde île, les villageois ne disent plus bonjour, et ne sont pas du tout souriants. J’imagine que c’est lié au tourisme mais on n’a encore pas vu un seul blanc sur cette île, alors ça fait bizarre. On embarque pour Don Det, sur le même type d’embarcation que la veille.

L’aventure continue !

19 janvier, on arrive sur Don Det. Don Det, l’île repère des backpackers. On avait entendu que c’était principalement sur celle la qu’ils venaient, mais on a beau le savoir d’avance, c’est dur d’imaginer ce qu’on va ressentir avant d’y être. A un jour de notre anniversaire de voyage, on s’était imaginé se poser une nuit ici, pour fêter ça dans un endroit chouette. Finalement, de voir tous ces routards en tenue de plage débarquer par dizaines sur des grandes embarcations, tous les locaux qui nous parlent en anglais (quand matthieu demande le prix d’une baguette  »lakah-to-day », la vendeuse qui devait être a dix mille lieues d’entendre du lao répond « today, yes yes ! »),  les restaus qui vantent leur « western food », les cyber a 400 kip… la minute !! (ailleurs dans le pays, c’est a 5000 l’heure !)… nous donne envie d’une seule chose : déguerpir au plus vite. On continue donc notre progression jusque l’île suivante, Don Khon, qui est reliée par un pont. Pont fabriqué par les français durant l’époque coloniale, pour faire passer par train les bateaux qui ne peuvent plus poursuivre leur cours a cet endroit du fleuve, a cause des nombreux rapides et cascades.

Mékong méconnaissable

Rendus au sud de Don Khon, c’est la que tout se joue. Va-t-on trouver un bateau pour nous conduire sur l’île d’à coté, nous rapprochant ainsi de la rive gauche ? Quand on arrive au bout du bout, on voit tout plein de barques, et de laotiens qui nous clament des « do you want to see dolphins ? » a qui mieux mieux. Mille milliards de mille sabords, des dauphins d’eau douce ? Les dauphins de l’Irrawaddy, espèce qui vit près des côtes de l’Asie du Sud-Est, circule aussi dans cette zone du Mékong, cette population est par contre en danger d’extinction, il n’en reste qu’une centaine d’individus. Mais pour en revenir a notre affaire, il y a des bateaux, une route qui traverse l’île qu’on vise, le tour devrait être jouable. On leur fait donc part de notre requête, ils acceptent, mais au même prix qu’ils facturent les tours pour voir les dauphins soit trois fois plus cher que les liaisons précédentes. Enfin.. on est trop heureux de pouvoir réaliser notre projet, qu’on accepte, en se mettant d’accord pour qu’ils fassent un détour vers la frontière pour tenter d’apercevoir un dauphin ! Et on en voit un ! Bon, tout petit au loin, mais on a bien reconnu sa silhouette surgir du fleuve avant de replonger.

Quatrième bateau, de Don Khon a Don Sadam, pas de panique on gère !

Notre découverte de cette cinquième île, Don Sadam, est un vrai plaisir. Que c’est bon de se sentir au bon endroit ! Sur l’île d’à coté s’entassent par centaines les visiteurs, et ici, la vie suit paisiblement son cours. Les sourires reviennent, les prix diminuent, nos bribes de lao sont comprises, ah qu’on est bien. On remonte donc cette île plein nord.

On atteint le bout de l’île au coucher du soleil, spectacle magique sur ces rives sauvages. Et on monte notre tente dans une belle clairière, un peu a l’écart du village. Cette nuit s’annonce meilleure ! Une heure a peine qu’on est couché quand on entend de petites voix :  »good morning ! ». On enfile un pantalon et ouvre la tente, pour découvrir trois visages tout sourire, et des bras chargés d’une natte, et deux oreillers. A peine le temps de remercier ces trois enfants, qu’ils ont déjà disparus. Trop touchés par ce geste, on installe la natte sous nos tapis de mousse, et troque nos sacs-a-habits contre de moelleux oreillers. Nuit paisible a souhait, au petit matin, les enfants viennent récupérer la literie et redisparaissent aussitôt. Trop mignon :)

20 janvier. Bon c’était bien chouette tout ça, mais maintenant va falloir réussir a repartir ! On s’approche donc de la rive gauche, et essayons de demander a la première maison s’il y a des bateaux pour rejoindre le  »continent ». Elle nous indique la rivière, on voit en effet un jeune homme dans une mini-barque et pagaies, on lui indique la ville d’en face, il nous fait signe que ok. Un peu sceptique, on lui montre nos vélos, aie la coince ! Mais pas de panique, il nous indique plus bas. On ressent un étrange mélange d’excitation et d’angoisse. Mais 200 mètres plus bas, on voit de plus grandes pirogues, et un homme nous propose de nous conduire. Parfait !

Cette dernière traversée  fut le trajet le plus long, le plus secoué (un beau passage juste au-dessus des rapides), et avec le pilote le plus souriant. Cette journée d’anniversaire de voyage commence bien ! De retour sur la rive gauche, plus que quelques kilomètres avant la frontière cambodgienne.

4 Responses to 4000 îles !

  1. hujjo says:

    Que d’aventures ! A chaque fois que je regarde une carte du monde, je vois le coin Cambodge, Vietnam Thaïlande et Laos en me disant que c’est à l’autre bout du monde, un endroit impossible à approcher, et vous voir là après seulement un an de voyage, c’est tout simplement dingue ! Merci pour tout ce partage !

  2. Ping: Mode Lonely Planet | Stéphane & Manue en tandem autour du monde

  3. Matthieu says:

    Au fait, je voulais preciser qu’on a rien contre le voyage sac au dos en soi, bien sur, Sara parle surtout ici d’une sous-espèce de backpackers endémique de l’asie du sud est, qui suit le Lonely a la lettre, vient ici parce que c’est cheap, n a pas grand intérêt pour les locaux et s’habille comme a st Tropez…

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