Chine : à travers champs

Toute la journée, sur son vélo, on a le temps de penser. Tout plein de choses nous passent par la tete, on a envie de raconter un tas d’anecdotes ! Puis, au moment d’écrire, on est dans un cyber café bruyant, les hurlements des gamins qui s’amusent a tuer des gens, les cris des ados qui jouent au football, pas facile de se concentrer ! Essayons quand meme…

Un dernier train nous a amenés jusqu’a Guilin dans le Guangxi. Assez joué au touriste, on remonte sur nos bicyclettes !

A Guilin, nous sommes accueillis par des étudiants dans un campus universitaire. Une association de cyclistes qui nous prête un local pour dormir. On n’a pas choisi au hasard, la région est connue pour ses pics karstiques, un vrai coup de coeur pour tous les voyageurs rencontrés ! Et le campus est magnifiquement situé au milieu de ces pics rocheux qui sortent de terre. Des jeunes tres sympatiques, un peu timides et excités de parler anglais avec des étrangers, extrêmement curieux. Ils nous font découvrir le coin en « mountain bike ».

Dans les environs

Pause dans un verger de mandariniers. C’est celui d’une famille Zhuang, un peuple qui a une langue proche du thailandais. Ils ramassent les fruits, et nous, on en mange a volonté ! Un pur régal !!!

Passionnés et compétents, ils  nous font une révision complète des vélos et nous les rendent plus propres que neuf ! Apres les pistes de l’Asie centrale et les transports en Chine, et juste au moment de repartir a vélo pour le nouveau chapitre de nos aventures « Guilin – Singapour », c’était le moment idéal ! 

Revision des velos

Ils nous mettent enfin sur la bonne voie en nous indiquant un petit chemin qui descend directement vers le sud sans retourner a Guilin. Et d’un coup, on est plongé au milieu de paysages pittoresques, traversant de magnifiques villages, et demandant a chaque fois : Daxu ? Daxu ? car c’est tout un réseau de petits sentiers. Daxuzhen, une petite ville au bord de la riviere Li  avec un vieux quartier sympa.

Nos premiers bannaniers

Daxuzhen

Au bord de la riviere Li, commence vraiment le spectacle des karsts.

Yangshuo, une petite ville surprenante. Devenue ultra-touristique grace aux croisieres sur la riviere et sa situation au milieu des pics, elle s’est developpée de maniere tres moderne, ni vraiment chinoise ni vraiment occidentale. Un tres bel amenagement, des rues pavées, des petits ponts de pierre, des facades originales. La nuit les rues pietonnes du centre s’animent autour des nombreux cafés branches, la musique a fond, des restaurants (on bave un bon moment devant les plats francais du menu francais d’un restaurant francais…). Un petit monde a part, et c’est vrai, l’ambiance est plutot sympa. Il pleut, alors on reste une journée de plus en espérant fort le retour du ciel bleu.

En debut de soiree, avant que la rue ne s’anime

Pecheur au cormoran

Bon, c’est facile de faire une photo style « pittoresque », en fait, il n’est la que pour faire poser les touristes avec ! Coup de chance, le beau temps revient et on peut profiter a fond de la fameuse Moon Hill (colline de la lune), une arche naturelle, sur notre route, a quelques kilometres au sud.

Alentours de Yangshuo

Moon Hill

Un petit sentier grimpe jusqu’en dessous de l’arche. La vue est déja sympa. Mais on apercoit un petit sentier qui part avec ecrit « no entrance ». Personne n’y va mais c’est trop tentant. Il s’enfonce dans la vegetation, grimpe, grimpe, et soudain, on se retrouve tout en haut de la colline, au-dessus de l’arche. Vue a 360 degres. Moment unique !

Au sommet de l’arche !

Vue du sommet de la Moon Hill

Repartant en velo dans un environnement d’un coup tres different, on a beaucoup d’inquietudes. C’est tellement cultive qu’il est assez difficile de mettre la tente. Ce soir la en quittant Yangshuo, on s’approche d’une maison en montrant notre petit mot, ecrit en chinois par un etudiant, qui explique que l’on vient de France (Fàguó) a velo et demande si on peut mettre la tente. Aussitot, on nous fait rentrer dans la maison. On rentre les vélos dans ce qu’on prend d’abord pour le garage, piece sobre, sol nu, qui s’avere etre en fait la piece a vivre de la maison, cuisine, salle a manger, salon. Oranges a volonte. Une enfant de 12 ans (on lui en donne 8 sauf en voyant son cahier d’exercices de maths). Combien de freres et s… euh… On a beau connaitre la regle de l’enfant unique, etre confronte a la realite de la chose, c’est different. Puis on partage le repas et des sourires sur la table ronde et basse. Soudain, la mere entraine Sara dans une piece et lui donne une bassine d’eau chauffee au poele. Pas trop sure de ce qu’il faut faire, elle attend, ne veut pas choquer. La femme lui dit alors de se deshabiller et pour etre certaine que Sara ait compris, va jusqu’a lui degrafer le soutif ! Ils nous laissent ensuite une chambre avec un grand lit. Le matin, ils semblent leves depuis un moment mais nous ont attendus pour partager le petit dejeuner. On repart heureux. D’un coup, toutes nos apprehensions se sont evanouies pour laisser place a un grand optimisme. C’est curieux, ca fait un mois qu’on est dans ce pays, et on a le sentiment d’un premier jour. Les nuits suivantes, on nous invite plusieurs fois a diner. On commence tout juste a decouvrir ce peuple. A quelques km de Yangshuo, on est deja loin des touristes. Vive le velo !

Nos premiers hotes chinois

On choisit sur la carte les plus petites routes qu’on trouve, au hasard. Chaque fois, on est enchante. Pas trop de denivele, mais de belles collines. Des villages recules ou les sourires  nous accueillent toujours. Plusieurs routes s’averent etre des chemins. Le beau temps devient quotidien, les temperatures montent, le soleil tape. Beaucoup de fleurs, d’immenses pappillons rapides comme des oiseaux. Alors que decembre s’installe, c’est pour nous comme un deuxieme printemps ! Beaucoup de rizieres. Des buffles qui tirent charues et charettes. Des bois de jeunes eucalyptus.  Finalement, on arrive a mettre la tente sans trop de difficulte. Par contre, les nuits sont fraiches, le contraste est etonnant. Et chaque jour, l’humidite de l’air a trempe la tente, interieur comme exterieur. Mais a la pause du matin, elle seche en un clin d’oeil.

Beaucoup de lamelles de bois qui sechent

Des rizieres

Ou autres champs, toujours tout bien tenus

Buffle au labour

Zebu

Campement de tronconneurs

Et ces arbres aux grandes fleurs roses

Souvent on apercoit des femmes faire la lessive dans les rivieres. A part ca, on est plutot surpris par l’egalite des roles : les hommes cuisinent et s’occupent des enfants, les femmes conduisent bus et taxi ou prennent part aux chantiers.

Dans un village, il semble se passer quelque chose. On nous interpelle. Tout de suite, c’est un grand rassemblement de curieux, surtout les enfants. Quand j’essaye de fendre la foule pour retourner chercher l’appareil photo au velo, une fillette se met a hurler et court dans les jupes de sa mere ! Eclats de rire. Une fille de 13 ans (on lui en donne 16) connait quelques mots d’anglais et aide la communication. C’est un mariage ! On nous presente a la famille, on n’arrete pas de nous mettre des mandarines ou des gateaux dans les mains. Une jeune instit arrive qui parle un peu plus anglais. Elle nous dit que beaucoup d’enfants voient des Blancs pour la premiere fois. Ils nous invitent d’abord a manger, puis elle explique : a 14h, il y aura un grand repas, vous ne voudriez pas attendre ? Et quand on acquiesce elle saute de joie et nous remercie, le regard de la jeune mariee (20 ans) s’illumine. Mais c’est nous qui sommes trop contents !

Cuisine au feu de bois pour 500 personnes !

Jeunes maries

Une des 50 tables.

Notre route, un jour, croise une rivière. Pas une petite, un bon cours d’eau d’une centaine de mètre de largeur. Pas de pont, mais sur google maps, une liaison fluviale apparait en pointille. Mais lorsque l’on quitte la grande route pour se diriger vers la rivière, on nous fait signe que non, c’est une impasse, il faut faire le tour. Arf, le tour, ça veut dire 60 km de détour, de la gosse route, alors qu’on avait prévu un super itinéraire de l’autre cote de la rivière. Bah, souvent les gens se trompent, autant essayer. On fait les 6 km qui nous séparent du la rivière. La route devient chemin, et le chemin devient plus petit. On nous fait signe encore qu’il n’y a rien. Ah, c’est trop con, je baisse les bras. Mais Sara veut en avoir le cœur net. On demande notre chemin en faisant le signe de la brasse (qu’ils comprennent) et finalement, la piste descend juste au bord d’une large rivière aux eaux marrons. Au milieu, il y a comme une station d’extraction. Sur les berges, quelques bateaux dont leur chargement de sable est transféré par une grue dans un camion.

Il y a aussi une barque en métal, toute brute, qui arrive de la station avec des bouteilles de gaz vide et en reprend des neuves. Bon qu’est-ce qu’on fait ? Il y a un type qui est la, avec un scooter. On essaye de lui demander. On lui montre le mot « bateau », on montre la rive opposée. On dit le nom du village, de l’autre cote, ou on veut se rendre. Pas beaucoup de réaction, on sait pas trop ce qu’il a compris. Il essaye de temps en temps de dire quelque chose, et, comme on ne comprend pas, nous l’écrit en chinois. Et il ne comprend pas qu on ne comprenne pas. Bon…

On reste quand même un peu, a regarder le manège de la grue. Désillusion. Sara veut quand meme rester, on ne sait jamais. Puis, déçus, on finit par reprendre les vélos, et on commence a grimper la piste. On aura essaye. Le jeune nous rappelle. Il dit « ok ok » en montrant l’autre cote. Ah ? Un petit espoir revient, mais on n’ose déjà se réjouir. Sur la berge, des travailleurs continuent a s’affairer sur leurs petites barques. Quelques minutes de suspense. Puis il descend son scooter. On n’est sur de rien, mais on fait de même. On comprend qu’il veut aussi traverser. Il monte son scooter sur le bateau. Puis il nous fait signe de monter nos vélos, de nous asseoir.

C’est parti !!!

Sous un grand soleil, on traverse la rivière a grande vitesse. Notre cœur se remplit aussitôt d’une immense euphorie. De l’autre cote, les deux travailleurs nous aident a descendre et repartent tout de suite. A peine le temps de leur crier merci ! Le jeune en scooter nous accompagne au ralenti un bon moment pour nous mettre sur la bonne voie, car ce n’est que des petits chemins.

Merci les gars !!!

Ce n’est pas la première fois que, alors que j’aurais abandonné depuis longtemps déjà, Sara s’accroche. Alors je la suis, en boudant un peu. Rationnel, j’estime dans ma tête le peu de chance que cela marche et projete les conséquences négatives si on n’y arrive pas. Mais Sara, elle s’en fout des probas. Tant qu’il y a une chance de réussite, elle veut aller au bout. Et au final, ça marche. Cette petite rivière, ce n’était pas grand chose, il y avait un pont pas si loin. Mais que d’émotion de réussir un coup pareil ! Ça c’était l’aventure. Comme on en voit parfois sur des blogs de voyageurs, en se disant « mais comment ils font ça ? ».  Et, même si je n’y suis pour rien, je suis sacrement fier d’avoir vécu ce petit moment la.

Alors on poursuit notre route vers le Sud. Le relief s’estompe et il n’y a plus que des champs de canne a sucre a perte de vue. Partout, la canne est coupee, fagotee, transportee vers les sucreries aux cheminees fumantes. Wikipedia nous apprend que les usines sont situees proches des champs car la teneur en sucre diminue ramidement apres la coupe.

Coupage de la canne

Transport motorise

Ou non

Notre descente vers le Sud est serieusement entamee : le 3 decembre nous franchissons le tropique du Cancer !

Des les petites villes, on tombe plusieurs fois sur des marches vivants et colores. Des villes ou il n’y a rien a voir, sauf des chinois. La vie quoi. Et ca on aime.

Ravi de notre itineraire, le meilleur reste la petite route que l’on emprunte juste au Nord de Nanning. Magnifique vallee !

Une arche decouverte par hasard !

De beaux petits hameaux

Et une jolie trouvaille

Apres toutes ces pistes, un bon lavage s’impose !

Nanning, une etape attendue. Nancy, une etat-unienne qui enseigne l’anglais depuis 15 ans en chine, nous accueille royalement dans le calme du campus de l’Universite du Guangxi. On obtient nos visas viet et birman facilement, avec Peter un anglais a velo, loge par une autre enseignante au-dessus. Et oui, la frontiere terrestre tailande – birmanie semble bel et bien ouverte depuis fin aout ! Une premiere ! Cela nous fait donc une echeance un peu courte, on doit y entrer dans les trois mois. A part ca, on reste au campus. Alors qu’une semaine a Istanbul ne nous avait pas beaucoup laisse le temps de se reposer, l’avantage de Nanning est qu’il n’y a rien a voir. On profite du confort d’avoir une maison, on regarde quelques films, mais en fait on a  aussi plein de choses a faire. On est arrive avec une liste enorme : mails, visas, recherches d’infos, mise a jour du blog, etc. Et, chaque jour avec Peter, c’est la balade au Dog Hall. Dans cet endroit fabuleux ou fourmillent les etudiants, on trouve plein de nourriture variee et pas chere. On rentre les mains pleines de legumes au wok, nouilles, ananas et autres gateaux. Et Nancy nous dit regulierement « j’ai remis des glaces dans le refrigerateur si vous voulez ! ». Nanning, capitale du Guangxi, c’est 3,5 millions d’habitants. Mais rouler a velo en chine est super agreable. On se fait emmerder ni par les chiens ni par les voitures ! De larges routes toujours reservees aux deux-roues sur le cote des avenues. Et, pour les chinois, le velo fait partie des usagers normaux de la route. On est loin de l’asie centrale ou il n’est utilise que par les enfants et quelques grand-peres, mais toujours a cote de la route, et klaxonne sans merci si il ose rouler sur le goudron. Ici on est respecte. En somme, a velo, mieux vaux rouler avec 1 000 000 de chinois que 1 000 kirghizes !

Traversee de Nanning vers les ambassades

Avec Peter

Le genial concept de « chaplot »

On repart vers le Viet Nam qui n’est qu’a 200 km. La pluie aurait eu largement le temps de tomber lorsque que nous etions confortablement a Nanning. Au lieu de cela, elle commence quand on quitte la ville. Une longue grisaille humide et froide ininterrompue. Elle aura eu juste un avantage : nous pousser a demander un abri et nous faire faire de belles rencontres, comme cette adorable famille de 5 enfants (encore des Zhuang, les minorites ne sont pas concernees par l’enfant unique). Le jeune pere de 32 ans nous propose de manger une poule, et aussitot en attrape une, et la plume !

Et la pluie ne nous lache plus, jusque la frontiere.

Ciao la Chine !

Bon, encore un article de 10 km.

Pas resiste a l’envie de mettre plein de photos ;)

Allez, joyeuses fetes a tous depuis Hanoi !!

2 Responses to Chine : à travers champs

  1. Anne-Laure says:

    merci pour ces nouvelles :) ça a l’air super sympa ces rencontres :)
    et c’est quoi le signe de la main en « V » sur les photos ?
    en tout cas bonne route !!

    • Sara says:

      On a demande une fois a une instit parlant anglais, elle n’a pas su nous repondre ! Ce serait juste pour le fun ! En tout cas, ils sont vraiment marrant, c’est la pose officielle quoi !

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