Dernier détour par les montagnes

Du 11 au 24 août : deux semaines au Kazakhstan, ultime étape en Asie centrale. Le programme est simple. Quatre jours de steppe au début, deux a Almaty, quatre dans les montagnes et de nouveau quatre jours de steppe à la fin. On redecouvre ce pays entre-aperçu à son extrémité sud-ouest.

Bishkek – Almaty, 240 km de steppe sur une grosse route (à l’aune du Kirghizistan) avec de plus en plus de traffic. Paysage jaune et ondulé. C’est le visage moderne du pays que l’on découvre à Almaty, sa plus grande ville. Même urbanisme soviétique qu’à Bishkek : immenses avenues perpendiculaires. Apres des kilomètres de 2×3 voies, soulagement en arrivant chez l’australien qui nous héberge. Ville moderne : un métro, des chaînes européennes, des centres commerciaux, des incroyables hypermarchés dans lesquels on craque un peu, devant tant de diversité (je reste en contemplation devant du roquefort).

Après Almaty, notre hôte nous a parlé d’une alternative à la grande route, en passant par le plateau d’Assy. Un plateau à 2500 m, du hors-piste, des rivières à traverser à gué : voilà qui est plus émoustillant ! Il nous montre des photos et nous indique la route. On vient de passer beaucoup de temps dans les montagnes et on a hâte d’arriver en Chine, mais c’est trop tentant.

On s’embarque donc pour ce qui a été à la fois la route la plus difficile et la plus belle qu’on ait prise. Montée dans une étroite vallée aux couleurs automnales. Bivouac sympa au bord du torrent. Passage d’un col à 2500 m, puis une trentaine de km sur le plateau, en roulant sur des petits sentiers ou à même l’herbe. Aucune route n’a été conçue, les traces de voitures épousent la morphologie du terrain : à chaque talweg, descente et remontée bien raides ! Du coup ça nous prend plus de temps que prevu. Ayant prévu de redescendre pour la nuit, on est encore sur le plateau quand elle vient. Même si on est quand même descendu à 2100 m, la nuit est fraîche : -5 dans la tente au matin. Mais les nuages menaçant de la veille ont disparu, pas de vent, météo parfaite pour la fin du plateau. Ça tombe très bien, car on doit traverser une bonne rivière. Les pieds dans l’eau !

La rivière s’enfonce dans un profond canyon que l’on longe rive droite. Commence des incroyables montagnes russes qui semblent infinies. L’altimetre indique le plus souvent des pentes a plus de 15 %, jusqu’à 19 %. Et là, pour peu que le sol soit sableux, pousser son vélo devient un vrai défi !

Puis la vallée s’ouvre un peu. La piste rejoint la rivière, à 1800 m. Tout plein d’arbres, des saules énormes, des peupliers au feuillage doré. Des falaises de grès colorées. Idéal pour monter le troisième camp.

Dernière étape : comme la rivière replonge dans un canyon, il nous faut quitter la vallée enchantée en escaladant un col à 2100 m. On stresse un peu pour le temps car en altitude et sur des mauvaises pistes, la météo est comme Saint Pierre : elle décide si on va avoir le droit au paradis ou a l’enfer. Chance : encore du beau temps ! La piste est encore très raide et maintenant caillouteuse. Se hisser au col n’est pas aisé mais le sublime paysage est à la hauteur de l’effort. On n’a plus qu’à se laisser descendre tout droit vers un lac aux eaux turquoise, tout en bas dans la plaine. Puis on retrouve l’asphalte sur une petite route. Bivouac pamiresque au milieu de rien. Pas de vent, tout est calme et une pleine lune incroyablement rousse se lève quand on cuisine et illumine les montagnes que l’on vient de franchir.

Plus que 200 km avant la frontière. Steppe un peu monotone interrompue par les jolis cours de la Sharyn et de l’Ili. De drôle de petites bêtes nous divertissent aussi. Elles se dressent à notre approche, sifflent pour prévenir les copains avant de détaler vers la galerie la plus proche. Malgré l’absence de relief, ces dernières étapes ne sont pas si simples, car le vent se lève, de face bien sûr. Ah, le vent…

Sait on jamais où les vents nous mènent ? Nous ils sont venus nous prendre un dimanche. Depuis ils ne nous ont plus quittés. Mais c’est qui qui fait souffler le vent ? D’Ouest, le vent t’invite à faire la fête, hop hip hip l’étape est faite ! Mais c’est pas pour autant qu’on s’arrête, il faut profiter un peu du vent qu’on a dans le dos. Car, dans l’autre sens, le vent semble une brute raffolant de nuire à tout le monde, et le vélo dans le tourment est ballotté par le vent. Le vent qui vient à travers la montagne nous rendra fou ! Trop de vent, pas assez, la route était trop humide. Je n’ai pas peur de la route, mais dans ce combat toujours le vent l’emportera. Alors on abandonne, on monte le camp. Mais… dès que les vents tourneront, nous nous en all’rons. Et alors le vent nous portera, jusqu’à l’autre bout du monde. Allez viens, je t’emmène. Parce qu’après tout, on a le temps et pis… c’est que du vent !

A Shonzhy : « Vous allez en chine à vélo ?? Mais c’est loin !!! ». Derniers kilomètres, et, le 24 octobre, on passe la frontière : on entre en Chine !

PS : wordpress faisant partie des nombreux sites censurés en chine, cet article est publié par mail. J’espère que ça a marché ?

5 Responses to Dernier détour par les montagnes

  1. Doriane says:

    Ça avait l’air fatiguant, mais vous y êtes parvenus, félicitation !
    En tous cas, on pense fort à vous et vous nous manquez énormément…
    Profitez à fond, car malgré les difficultés, vous avez la chance de vivre une extraordinaire aventure que je vous envie beaucoup…
    Bisous à tous les deux

  2. Matthieu says:

    Au fait, le paragraphe sur le vent faisait reference ou citait des chansons des aristes suivants :

    Bardou, Brassens (2), La tordue, Les cowboys fringants (2), Les ogres de barback, Louise attaque, Noir Désir (2), Renaud (3).

    Les avez-vous repere ?

  3. Myriouf says:

    J’en avais repéré quelques-uns !
    dans l’ordre :
    Barback, Renaud, Bardou, Cowboys fringants x 2, Brassens? (ça c après ton commentaire mais je suis pas sûre), Noir Désir, Renaud, Louise Attaque. Il m’en manque…

  4. François says:

    Moi aussi j’avais repéré quelques chansons, mais pas toutes !

  5. Ananas says:

    Ben moi j’avais pensé que c’était des citations mais je n’aurais su dire de qui….;)

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