Vers les hauteurs du Pamir

En 25 jours au Tadjkistan, nous avons transpiré sous un soleil de plomb et eu froid sous la grêle. Nous avons roulé dans la plaine desertique et franchi un col a 4655 m. Nous avons bivouaqué dans des paysages lunaires et roulé a travers des deserts martiens. Nous avons été coursé par un sombre cumulonimbus et dejoué le piege d’un bandit des grands chemins. Nous avons aussi croisé des tas de gens bizarres, voyageant sur des vélos allourdis de saccoches.

Mais pas si vite. Arrivée le 1er aout, 1er jour du visa. Courte pause a Dushanbe, la capitale, ou nous devons acquérir le permis GBAO necessaire pour se rendre dans le Pamir, et faire le plein de fruits secs.

Statue d’Ismail Somoni, un symbole de Dushanbe

A travers des paysages plutot désertiques et franchissant quelques premiers cols, nous approchons du Pamir par la route du sud, de Dushanbe a Kulyab. Culturellement, on trouve beaucoup de similitudes avec le sud de l’Ouzbekistan. Sauf la langue, evidemment :  nous avons quitté au tadjikistan le groupes des langues turques, on parle ici le farsi, comme en Iran et en Afghanistan. Heureusement pour nous, on reste par contre en russophonie : bien pratique !

A Kulyab, une rencontre touchante, que je laisse Sara vous conter :

Puis, apres un col a 1900 m, changement soudain de decors. Fini les collines herbeuses, nous entrons dans une univers mineral et coloré. La descente vers la vallée du Piandj est une piste difficile qu’on est heureux de faire en descente.

Descente vers le Piandj

Arrivée au bord de cette riviere (source principale de l’Amu-Daria), nous n’avons plus qu’a la remonter jusqu’a Khorog, la grande ville du coin. On decouvre les cultures du Pamir. Plusieurs langues existent ici, differentes du tadjik. Coutumes et costumes different également. Malgré l’affluence de voyageurs sur ces routes fameuses, l’accueil y est incroyable. Des gens curieux et genereux. A tout moment de la journée, on nous invite pour un tchay. Mais ce mot est ici un euphemisme pour repas, et le pain, le kefir, les fruits, voire d’excellents mets accompagnent toujours la théiere.

Les eaux marrons du Piandj

Sur 350 km, nous longeons l’Afghanistan, dont la frontiere est marquée par les eaux boueuses et tumultueuses du Piandj. Au departs, quelques petits villages isoles, offrant des scenes que les voyageurs qualifient souvent de bibliques. En effet, pas de goudron, pas de lignes electriques, mais des sentiers, des murets, des anes, des maisons de pierres. C’est troublant de cotoyer de si pres cet autre monde, a la fois voisin et lointain. De part et d’autre de la riviere, on parle la meme langue, et pourtant aucune communication existe ici entre ces peuples separes.

Le petit sentier afghan, parfois perilleux

La vallée est tantot assez large, tantot tres étroite, toujours entourée de hautes montagnes qui nous dominent du haut de leurs 4000 m. Les puissants rapides du piandj se calment parfois l’espace de quelques méandres, nous laissant mettre les pieds dans l’eau.

Petit village afghan, de l’autre cote de la riviere…

A Kalai-Khum, on retrouve la M41, celebre Route du Pamir. Construite dans les annees 1930 par les sovietiques, elle traverse le haut plateau et relie Dushanbe a Osh, au Kirghizistan. Rencontre avec Landon, un néo-zelandais deja vu a Dushanbe. On continue ensemble jusqu’a Khorog. Coté afghan, le magnifique petit sentier escarpé a laissé la place a une piste frequentée par des motos et même quelques voitures.

La meme vallee, la meme langue et pourtant…

20 km un peu difficiles et sans possibilité de camper

Plus loin, la vallée s’elargit cette fois franchement, laissant même la place a un petit aéroport : nous arrivons a Khorog. Mission : trouver du baume a levre (notre stock a literalement fondu sous le soleil ouzbek, laissant un petit residu au fond des tubes), et refaire le plein de nourriture. Si on trouve les sticks facilement, trouver a manger est plus dur… Pas si facile, car nous savons que nous allons manquer de bois, donc pas de cuisson possible. Nous comptions naivement sur cette étape pour remplir les saccoches avant le plateau… Presque pas de fruits secs, pas d’avoine… on repart avec beaucoup de biscuits, qui formeront notre aliment principal pendant quelques temps.

Separés, sur la terre, par les frontieres eternelles

A Khorog, on quitte la vallée que l’on a remonte doucement jusqu’a 2000 m d’altitude. La route du Pamir s’éleve maintenant plus rapidement vers le plateau, et en quelques jours nous grimpons jusqu’aux 4000. Nous longeons un affluent, le Gunt, dont le bleu vif tranche avec le marron du Piandj. Nous faisons de courtes etapes, pour s’acclimater progressivement a l’altitude.

Les eaux bleues du Gunt

Les baies de l’Argousier, tres repandu dans la vallée

En haut de la vallée, dernier bivouac avant le plateau

Apres les profondes vallées du Pamir oriental, voila enfin le fameux plateau du Pamir occidental. Un premier col a plus de 4000 m. A ces altitudes, on manque un peu d’oxygene, on s’essouffle vite et pour un rien. Le deuxieme petit col qui s’enchainait en traitre apres le premier nous donne bien de la peine. Mal a la tete, manque de souffle, et la pluie avec ca. Mais on parvient a temps de l’autre cote, resdescendant dans un paysage lunaire, vers ce qui semble etre un cratere météoritique avec son piton central. Des petits lacs. Magique. Juste avant le col, on croise un voyageur a moto qui s’arrete. Etonnant ! Frustrant notre curiosité a la vue de voyageurs, les motards n’ont pas l’habitude de s’arreter pour discuter. Un anglais encore tout emu nous raconte, de maniere si hachee et rapide que nous ne comprenons que le principal, qu’il vient de tomber sur un homme qui lui a fait signe, et sitot arrete l’a menace avec un couteau. Il a donne 70 somoni et a pu partir. « Be friendly » conseille-t-il. 20 km plus loin, un homme a la démarche louche, correspondant a la description, grand et sombre, seul sur cette route au milieu de rien. « Aide ! » nous lance-t-il en russe quand nous approchons. Mais, prévenus, nous ne ralentissons pas d’un poil et passons rapidement.

Premiere arrivée a 4 000 m !

Vers Alichur

C’est donc la que temps a change radicalement. Fini le bleu immuable, nous avons le droit a de la pluie tous les jours, et beaucoup de nuages. Et un vent glacial et puissant, heureusement fidele vent d’Ouest qui nous arrive dans le dos. Mais ce n’est pas si mal : les pluies sont assez courtes, et les nuages nous protegent du soleil incroyablement brulant le jour et du froid la nuit.

Puis une large vallée et le village d’Alichur. La région n’est plus peuplée de pamiri mais de kirghizes, et nous faisons connaissance avec ce peuple. Habillement, avec notamment leurs hauts chapeaux de feutre blanc, et physionomie, avec leur air cette fois clairement asiatique, sont tres differents. Et on retrouve une langue turque. Il nous semble meme que le kirghize ressemble plus au turc que l’ouzbek, on comprend soudain plusieurs mots, notamment les chiffres prononcés presque comme en turquie. Premieres yourtes. Premiers yaks. Et premieres marmottes rousses (Marmota caudata), qui abondent et sont toujours un plaisir a observer au bord de la route, se dressant de toute leur hauteur ou bondissant dans leur terrier.

Dans des paysages toujours changeant, formés de falaises orangées, de toujours aussi peu de végétation et de tant de cailloux, nous descendons jusqu’a Murghab, 3600 m. En quittant cette bourgade, nous sommes soudain poursuivis par un énorme et sombre cumulonimbus menacant. Il nous arrive dessus par derriere, et pourtant nous luttons contre un puissant vent de face, c’est injuste ! Nous voulons malgré tout quitter la ville pour bivouaquer et nous faisons la course quelques km contre le nuage. Ex-aequo : a peine arrivés sur le lieu du campement, les gouttes de pluie se mettent a tomber. Vite, dans la tente ! Sachant que la pluviometrie annuelle a Murghab n’est que de 80 mm (!), on voit comme on est gaté. A partir de ce point, les vents dominants arrivent du Nord, ils nous feront luter quelque fois difficilement jusqu’a Osh.

Ascension vers le plus haut point de passage de la route du Pamir, le col d’Akbaital, a 4655 m, ou nous savourons un kitkat trouvé dans le bazar de Murghab. Au col, nous sommes rejoints par quelques cyclos. On savait qu’ils n’etaient pas loin : ils ont finalement campe seulement 2 km deriere nous ! On reprend donc la route avec Landon le neo-zelandais, Simon un autre kiwi, un couple germano-autrichien et Michael, suedois, jusqu’a au lac de Karakul.

Au matin, le bivouac apres Murghab

Les monts saupoudres de neige sont la frontiere chinoise, toute proche.

Montée…

et arrivée…

…au col d’Akbaital, 4655 m !

De l’autre cote, « un pique-nique en montagne »

Palette de verts de nos 5 tentes, non loin du lac Karakul.

Karakul

Apres le lac, deux derniers cols a plus de 4000 m : le deuxieme est la frontiere avec le Kirghizistan. Un bivouac venté, sur un sol gris de poussieres et de cailloux.

Une petite butte, seul abri contre le vent cinglant et glace.

Dans la poussiere lunaire, pas d’autre choix que de tendre la tente avec des grosses pierres.

Landon sur la route des nuages

Un petit poste frontiere juste avant le col, a plus de 4000 m. De l’autre cote, tout est si vert tout a coup ! On quitté le toit du monde et on se laisse descendre maintenant vers Osh, dans la plaine du Ferghana. Le poste kirghize est lui plus bas, une vingtaine de km apres. Une tres large et verte vallée au carrefour de Sary-Tash. A droite, le col d’Irkeshtam et la Chine a seulement 80 km ; a gauche, la vallée redescend vers Dushanbe. Nous prenons tout droit, et, excepté deux derniers cols, a 3600 puis 2400, c’est une longue descente.

Pres de Sary-Tash

Descente…

« Congratulation on completing the Pamir Highway! » (Félicitations d’avoir termine la route du Pamir !) nous accueillent a Osh nos amis arrives la veille. Apres le regime frugal de ces derniers temps, un bon restaurant ensemble, avant de se preparer chacun vers de nouvelles aventures. Pour nous, les montagnes ne sont pas terminées : celles du kirghizistan nous attendent maintenant !

2 Responses to Vers les hauteurs du Pamir

  1. yannick says:

    J’en ai le souffle coupé! Ce n’est pourtant pas moi qui franchit des cols à plus de 4000m… Les paysages sont incroyables, les anecdotes palpitantes, l’émotion palpable! Merci.
    Très plaisant de t’entendre lire Sara.

  2. Myriouf says:

    Je plussoie ! C’est super et avec les vidéos encore plus! je viens en plus de finir le livre de Pousson & Tessin ;) qui finit par le Pamir, et ai pu capter quelques subtilités de votre écriture dans ce blog… S’il y a d’autres livres à lire pour comprendre toutes les références vous me le ferez savoir !
    ps : si ça en intéresse quelques-uns, il s’agit de La marche dans le ciel d’Alexandre Poussin et Sylvain Tesson

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